Depuis 1923, date de création d’Interpol, la technicité de la police a considérablement évolué, et la criminalité a pris une dimension internationale. Mais l’objectif de cet organisme, dont le siège est basé en France, a, lui, peu varié. Il s’agit de relier les polices du monde entier pour lutter contre crimes et infractions en tout genre. Notamment, en mettant à leur disposition d’importants moyens techniques et humains. Zoom sur cette organisation qui célèbre ses 100 ans cette année. 

L’affaire a fait les gros titres il y a quelques semaines. Un pizzaïolo, apparemment sans histoires, est interpellé à Saint-Étienne début février 2023. L’homme, membre de la puissante organisation mafieuse italienne ‘Ndrangheta, est accusé de plusieurs meurtres dans son pays. Sa cavale dure depuis 16 ans. L’Italien avait refait sa vie en France sous un faux nom, dans un parfait anonymat que rien ne semblait devoir troubler. 


Mais les équipes d’Interpol veillaient au grain. Elles ont activement pris part à cette arrestation en coordonnant le travail des enquêtrices et enquêteurs français et italiens. Partage d’informations, aide à la localisation, surveillance, identification du suspect et interpellation : dans ce dossier, les deux polices transalpines ont travaillé main dans la main grâce au concours d’Interpol. Une affaire qui illustre parfaitement la mission que s’est fixée Interpol à ses débuts en 1923, et qui l’anime toujours aujourd’hui. Il s’agit de faciliter la coopération entre les services de police du monde entier, en fournissant un appui humain et technique pour la résolution des affaires et l’arrestation des délinquants et criminels.

Le secrétariat général siège à Lyon depuis 1989

En 1923, à la naissance d’Interpol, ils ne sont que 20 pays, dont la France, à choisir d’unir leurs forces pour lutter contre le crime qui, de plus en plus, fait fi des frontières. D’où la nécessité de communiquer davantage, d’échanger indices et informations par-delà les nations. 

Depuis, l’organisation au service de la sécurité mondiale n’a cessé de se développer et d’étendre son champ de compétences. Interpol aide à lutter contre 17 typologies de crimes et infractions, et s’attache au haut du spectre policier : corruption, faux monnayage et documents de sécurité, pédocriminalité, atteintes au patrimoine culturel, cybercriminalité, trafic de stupéfiants, criminalité environnementale, criminalité financière, trafic d’armes à feu… Mais également : traites d’êtres humains, marchandises illicites, criminalité maritime, criminalité organisée, trafic de migrants, terrorisme, criminalité liée aux véhicules, et crimes de guerre. 

« Interpol aide 195 pays membres à mieux lutter contre la criminalité mondiale. Il centralise 19 bases de données, et appuie humainement et techniquement les polices depuis 100 ans. ».

Cent ans après sa création, Interpol, c’est aujourd’hui :

  • 195 pays membres.
  • 4 langues utilisées : français, anglais, espagnol, arabe. 
  • 7 bureaux régionaux à travers le monde :  Yaoundé, au Cameroun ; Bangkok, en Thaïlande ; Buenos Aires, en Argentine ; Abidjan, en Côte d’Ivoire ; Harare, au Zimbabwe ; Nairobi, au Kenya ; San Salvador, au Salvador.
  • Un siège en France depuis 1946 : le secrétariat général d’Interpol a d’abord été installé à Paris, puis à Saint-Cloud, avant de prendre ses quartiers à Lyon en 1989. 
  • 19 bases de données thématiques consultables par les polices du monde entier.
  • Des analystes, des formateurs, des spécialistes en police scientifique et situations de crise pour appuyer les enquêteurs et enquêtrices des pays membres.

Les notices rouges emblématiques d’Interpol

L’organisation Interpol est connue du grand public pour ses fameuses notices rouges. Elles désignent les avis de recherche des individus les moins recommandables de la planète… et sont diffusées dans tous les pays membres. Ceci afin de faciliter leur interpellation et leur extradition vers les pays où ils sont recherchés pour y être jugés et incarcérés. 

Car l’une des missions d’Interpol est d’apporter son concours à l’identification et à l’arrestation des personnes mises en cause pour des faits graves (tels que meurtres, agressions pédocriminelles, trafics de drogue ou blanchiment d’argent) et de faciliter leur extradition.

Mais Interpol diffuse également d’autres notices qui empruntent d’autres couleurs : les notices jaunes (personnes disparues), bleues (renseignements complémentaires), noires (personnes décédées non identifiées), vertes (mises en garde et renseignements), orange (menaces imminentes), mauves (indications sur les modes opératoires). L’organisation mondiale diffuse également des notices spéciales Interpol-Conseil de sécurité de l’ONU concernant les individus ou entités faisant l’objet de sanctions des Nations Unies.

19 bases de données consultables par les enquêteurs du monde entier

L’une des forces d’Interpol est de s’être doté au fil du temps d’outils de pointe, tels que d’importantes bases de données thématiques. Centralisées par Interpol, elles sont alimentées par les pays membres et consultables en temps réel par les 195 polices affiliées à l’organisation. Leurs informations permettent de nourrir les enquêtes, d’effectuer vérifications et recoupements, mais aussi d’établir des preuves. 

Interpol en compte 19, interrogées plus de 20 millions de fois par jour, soit environ 250 recherches par seconde. Parmi les plus caractéristiques et essentielles pour les forces de police figurent :

  • Une base de données d’empreintes digitales : il s’agit d’une activité historique d’Interpol, qui s’est doté en 2000 d’un système automatique de reconnaissance des empreintes digitales (AFIS) qui réduit drastiquement le temps nécessaire à leur vérification.
  • Une base de données de documents de voyage volés ou perdus : le but est d’aider les pays membres à déceler notamment les terroristes et autres dangereux criminels entrant sur leur territoire sous une fausse identité.
  • Une base de données génétique : créée en 2002, elle contribue à la résolution d’affaires criminelles, mais également à l’identification des victimes de catastrophes et à la localisation de personnes disparues.

Les bases de données sont emblématiques du partage d’informations cher à Interpol. Mais l’organisation mondiale souhaite également faciliter la communication en direct des polices mondiales. Elle a, en effet, développé I-Core, une plateforme d’échanges de données sécurisée afin de faciliter et d’accélérer la consultation des informations, y compris quand on est en déplacement.

Un appui technique et humain à disposition des polices

Outre ses 19 bases de données, pierre angulaire de son action, lnterpol compte dans ses rangs des équipes d’analystes, qui établissent des tendances en matière de criminalité mondiale, qui sont diffusées aux pays membres. Ils sont également chargés de mettre en évidence, via des programmes informatiques spécialisés, des relations entre les suspects, les infractions et les lieux où elles ont été commises. Une aide précieuse pour les enquêteurs et enquêtrices. 

Interpol, ce sont également des technologies mises à disposition des polices. Par exemple, depuis 2016, l’organisation utilise un outil de reconnaissance faciale. Le système est capable d’identifier une personne ou d’en vérifier l’identité en comparant et en analysant les caractéristiques, formes et proportions des traits et contours de son visage. 

Par ailleurs, un logiciel d’analyse des fichiers pédopornographiques permet la comparaison d’images et de vidéos, afin que les enquêteurs spécialisés fassent le lien entre des victimes, des agresseurs et des lieux. Aujourd’hui, avec les informations transmises par les pays membres, Interpol indique que sept victimes en moyenne sont identifiées chaque jour grâce à ces technologies.

Un bureau central national dans chaque pays 

Pour faciliter la coopération entre les services et la coordination des enquêtes, chaque pays membre d’Interpol est doté d’un bureau central national (BCN). Pour la France, le BCN est placé sous la responsabilité de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). Il regroupe 75 personnes issues de la police nationale, mais aussi de la gendarmerie nationale et des douanes. Le BCN constitue le point de contact qui anime les activités d’Interpol, et fait le lien entre la France et des pays membres lorsqu’ils doivent travailler ensemble. 

Les personnels du bureau central national français peuvent ainsi prendre part aux enquêtes, aux opérations et arrestations transfrontalières, et partager des informations de police avec d’autres BCN pour les aider à résoudre des affaires. Le service réceptionne également des données utiles aux enquêtes françaises. La DCPJ estime ainsi que plus de 120 000 messages transitent chaque année par le BCN France. 

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