À moins d’un an de l’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, les forces de l’ordre s’activent pour éprouver les dispositifs de sécurité mis en place pour l’événement. Cet été, plusieurs tests ont eu lieu à Paris et Marseille. Du côté de la cybersécurité, qui est l’autre défi sécuritaire à relever pour les organisateurs : un laboratoire de tests de la société française Atos a été inauguré en avril dernier à Madrid.

Marseille a testé les dispositifs de sécurité en mer et dans les airs

La cité phocéenne a ouvert le bal des « test events » estivaux. Mais quelle est la vocation de ces « événements tests » ? Il s’agit d’organiser, en préambule des Jeux olympiques de 2024, des épreuves sportives sur les sites de compétition officielle. Ils réunissent ainsi athlètes, équipes d’organisation et forces de l’ordre. Lesquelles en profitent pour se roder et étrenner leurs dispositifs de sécurité en situation quasi réelle. La forte affluence du public en moins.

À Marseille, qui accueillera les épreuves de voile dans un plan d’eau du sud de la rade, ce premier test event a réuni 350 athlètes représentant 55 nations du 9 au 16 juillet 2023. Alors que les sportifs et sportives se jetaient dans le grand bain, il s’agissait pour la préfecture maritime de Méditerranée de prendre en compte « les problématiques de pénétrations éventuelles sur le périmètre de course, que ce soit dans l’air, au ras de l’eau ou sous l’eau », selon les termes de Cédric Dufoix, responsable des sites de Marseille et Nice pour Paris 2024. Signe que le risque peut venir de partout.

Si la discrétion est évidemment de mise sur le sujet ô combien sensible de la sécurité des sites officiels, le préfet maritime de Méditerranée, Gilles Boidevezi, a cependant indiqué qu’une quinzaine d’embarcations y avaient pris part. Gendarmes, fusiliers marins de la Marine nationale, douaniers et membres des affaires maritimes étaient notamment aux avant-postes. Sans oublier plusieurs hélicoptères et avions de surveillance. En effet, les drones sont tout particulièrement dans le collimateur des autorités.

Cette épreuve de voile a également permis de tester la manière dont les intrusions dans les zones de compétition peuvent être évitées en amont, ou rapidement jugulées si elles ont lieu. La menace terroriste est dans toutes les têtes du côté des forces de l’ordre. Mais elles doivent également prendre en compte des intrusions de plaisanciers, volontaires ou non, voire celles de manifestantes et manifestants, et plus globalement tout acte de malveillance. 

L’enjeu fut in fine de tester le caractère hermétique du plan d’eau, ainsi que l’organisation des entreprises de sécurité privée retenues pour encadrer les épreuves marseillaises de l’année prochaine.

Marseille va d’ailleurs poursuivre les répétitions lors de deux événements majeurs. D’abord, la Coupe du monde de rugby qui a débuté le 8 septembre : plusieurs matchs se déroulent au stade Vélodrome. Puis durant la visite du pape François prévue le 23 septembre en terres provençales.

La sécurité mise à l’épreuve lors de plusieurs test events parisiens

Natation marathon du 5 au 6 août, triathlon et para-triathlon du 17 au 20 août, tir à l’arc les 19 et 20 août sur l’esplanade des Invalides… La capitale est, elle aussi, déjà passée à l’heure olympique. Plusieurs test events ont été organisés dans ces disciplines au cours de l’été. Même toutes les épreuves aquatiques n’ont finalement pas pu se tenir en raison de la pollution de la Seine, elles ont cependant permis aux autorités d’éprouver leurs choix en matière de sécurité.

Solidité des périmètres de sécurité, gestion des flux de visiteurs et visiteuses et de circulation, sécurité des athlètes entre les sites de compétition figurent entre autres parmi les points testés par la préfecture de police de Paris, restée cependant discrète sur l’ampleur des vérifications menées. 

La cérémonie d’ouverture a également passé son « examen »

Le sujet de la parade fluviale qui se déroulera sur la Seine au soir du 26 juillet 2024 cristallise de longue date les inquiétudes des autorités. Au point que la question de la jauge des spectatrices et spectateurs autorisés à y participer et à se masser le long des quais n’est toujours pas tranchée. Initialement prévue à 600 000 personnes, elle pourrait finalement ne s’élever qu’à 450 000 ou 500 000. 

Quoi qu’il en soit, la cérémonie d’ouverture sur l’eau (fait inédit dans l’histoire olympique), réunissant 91 embarcations de délégations et près de 10 000 athlètes, fait également l’objet de vérifications. Le premier test de la parade s’est déroulé au cours de la matinée du 17 juillet dernier. Mais à une moindre échelle par rapport à ce qui est prévu pour le jour J, puisque seuls 39 bateaux y ont pris part.

Lors de cette répétition miniature, les forces de l’ordre ont mis au banc d’essai une partie de leur dispositif visant à prévenir jets de projectiles, chutes de personnes à l’eau, malaises sur les bateaux, voire attaques terroristes. La brigade fluviale de la préfecture de police, 850 policières, policiers et pompiers, ainsi que des hélicoptères ont été mobilisés. Le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, a même indiqué que « quelques exercices ont été testés sur le fleuve, les quais et les bateaux ». Discrétion de mise là encore.

Lors de cette répétition miniature […] la brigade fluviale de la préfecture de police, 850 policières, policiers et pompiers, ainsi que des hélicoptères ont été mobilisés.

Les autorités ont cependant précisé avoir également testé les dispositifs de commandement et de coordination, notamment les réseaux radio. La coordination des unités d’élite a été rodée. En effet, pour les Jeux olympiques de Paris, de manière inédite, le commandement sera commun entre la BRI (Brigade de recherche et d’intervention), le RAID et le GIGN, les unités d’élite de la police nationale et de la gendarmerie. Elles seront notamment mobilisées pour « sécuriser la cérémonie et toutes les personnalités présentes au Trocadéro », selon la préfecture.

L’occasion d’étrenner la salle de commandement unique et centralisée pour la surveillance globale de l’événement. Y seront scrutés la cérémonie d’ouverture et l’ensemble des sites de compétition de la région Île-de-France.

Les spécialistes en cybersécurité déjà dans les starting-blocks ! 

En matière de grands événements, la menace se situe également dans l’espace cyber. Les hackers et hackeuses de tout crin raffolent effectivement de ces occasions de diffuser leur pouvoir de nuisance en créant des perturbations. Les organisateurs des Jeux olympiques l’ont compris depuis longtemps, et s’y préparent ardemment. 

Dans ce contexte, la phase de test de cybersécurité s’accélère depuis le printemps.
L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), chargée d’un pan de la cybersécurité des Jeux olympiques, réalise des audits de sécurité. Vincent Strubel, le directeur de l’agence, a indiqué au Monde, dans un article du 6 juillet 2023, que ses services faisaient « le tour des stades, des collectivités qui vont accueillir des épreuves pour auditer tout le système numérique qui sous-tend les JO »

Un exercice d’ampleur a même été réalisé en juin 2023. Son scénario « visait à tester ce qui peut se produire de pire : une cérémonie d’ouverture totalement perturbée et des attaques dans tous les sens », a expliqué le directeur de l’ANSSI. D’autres exercices sont programmés d’ici à la fin de l’année.

Un autre partenaire important des Jeux s’active également pour mettre à l’épreuve la cybersécurité de l’événement olympique. Le tout depuis Madrid. En avril 2023, l’entreprise française Atos a officiellement inauguré dans la capitale espagnole son « Integration Testing Lab ». Le groupe y élabore une grande partie de l’architecture informatique de l’événement. Cybersécurité, gestion des scores et des résultats, plateformes d’accréditation… Avec 49 sites de compétition à connecter, plus de 500 000 personnes accréditées et pas moins de 150 applications informatiques à sortir d’ici les Jeux, la tâche est de taille. Logiquement, les tests se multiplient. 

Dans son labo, Atos simule et met à l’épreuve l’intégralité des opérations informatiques des JO dans des conditions réelles afin de sécuriser plus de 4 000 bornes Wi-Fi, 13 000 ordinateurs déployés sur les différents sites olympiques, 150 logiciels internes critiques, ou encore les systèmes numériques de retransmission télévisée en direct.

Il s’agit d’imaginer tous les scenarios d’attaques et de dysfonctionnements possibles, et de recourir à des plans B. Objectif : parer à toute éventualité. Au total, pas moins de 250 000 heures de tests sont prévues depuis Madrid ! 

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