Les banques ont beau multiplier les précautions pour sécuriser les accès aux comptes en ligne de leurs clientes et clients – notamment avec la double authentification –, les escroqueries bancaires prospèrent. En tentant de récupérer par la ruse les identifiants, mots de passe et numéros de carte bleue, les pirates du Net ne relâchent pas la pression sur leurs victimes. Depuis quelques semaines, une nouvelle arnaque a fait son apparition : le faux conseiller bancaire qui appelle directement ses victimes au téléphone. 

Les chiffres alarmants des escroqueries bancaires

Tous les voyants sont au rouge. L’essentiel des indicateurs de la délinquance pour 2022 publiés le 31 janvier 2023 par le ministère de l’Intérieur affichent des chiffres à la hausse. Le segment des escroqueries n’échappe pas à la tendance : elles ont grimpé de 8 %. Parmi elles, 18 % sont des escroqueries à caractère bancaire.  

Une augmentation qui vient confirmer les données récentes. L’enquête « Cadre de vie et sécurité » de 2020 indiquait alors que 1,3 million de ménages français avaient déclaré avoir été victimes d’une escroquerie bancaire cette année-là. Une réalité cependant très probablement sous-estimée, car toutes les victimes ne déposent pas plainte. Ainsi, sur 10 personnes victimes de fraude bancaire, « quatre à cinq maximum vont déposer plainte », estime Laurent Latour, le directeur du pôle Sensibilisation de Cybermalveillance.gouv, le portail officiel de prévention et de lutte contre les arnaques en ligne et les cyberattaques. 

Lors d’une récente webconférence, qui a réuni le 24 janvier 2023 des experts de Cybermalveillance.gouv, de l’association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir et de l’Association française des correspondants à la protection des données personnelles (AFCDP), un chiffre alarmant a même été avancé. En France, une fraude bancaire a lieu toutes les… 4 secondes ! 

Selon ces spécialistes, le nombre d’opérations bancaires frauduleuses s’élèverait à 7,5 millions, sur 28 milliards d’opérations réalisées chaque année en France. De quoi faire grimper le montant total de la fraude bancaire à 1,2 milliard d’euros par an.

Les Françaises et Français au hit-parade des plus arnaqués

Particulièrement crédules et manipulables, les Français et Françaises ? Ce seraient en tout cas les particuliers les plus bernés en Europe. C’est ce qui ressort d’une étude menée par Visa et Wakefield Research en décembre 2022 : 33 % des consommateurs français auraient été victimes d’une escroquerie sur leur compte bancaire. Ce taux fait de l’Hexagone le champion européen des victimes d’arnaques. Parmi eux, 65 % des personnes interrogées expliquent répondre à certains des pièges tendus par les malfrats qui jouent sur la corde sensible. En effet, ces derniers parviennent à capter l’attention de leurs victimes sur une situation d’urgence présumée. 

Au classement des escroqués, les Français figurent sur la première marche devant les Espagnols, les Allemands, les Britanniques et les Italiens.

Les différents visages de la fraude

Le phishing (ou hameçonnage) est désormais une technique bien rodée des escrocs du Net et qui fait encore de nombreuses victimes. Elle consiste à récupérer, par la ruse, de précieuses informations personnelles. Dans le cadre des arnaques bancaires, les cibles reçoivent des communications par mail, SMS ou MMS afin de les inciter à livrer numéros de carte bancaire, identifiants de connexion et mots de passe de leurs comptes en ligne. Si elles tombent dans le panneau, elles voient leurs comptes siphonnés de sommes d’argent parfois conséquentes. Si le phishing représente la principale menace pour les particuliers, le site gouvernemental Cybermalveillance estime qu’il fait aussi partie « du top 3 des menaces ciblant les professionnels ». 


Certaines arnaques sont même particulièrement astucieuses, puisque les liens contenus dans les SMS ou mails frauduleux renvoient vers de fausses applications ou plateformes qui ressemblent à s’y méprendre à celles des vraies banques. 

Le nombre d’opérations bancaires frauduleuses s’élèverait à 7,5 millions, sur 28 milliards d’opérations réalisées chaque année en France.

La nouvelle arnaque au faux conseiller bancaire prend de l’ampleur

Vous connaissiez déjà le phishing ? Il faut désormais composer avec le « vishing ». 

Il s’agit de la contraction des termes « voice » (voix) et « phishing » (hameçonnage). Cette nouvelle forme d’arnaque prospère depuis quelques semaines en France. Le principe : les interlocutrices et interlocuteurs mal intentionnés se font passer pour un conseiller bancaire, voire un responsable sécurité de la banque de la cible. Ils vont feindre la détection de mouvements suspects, et la nécessité de réaliser dans l’urgence certaines opérations comme valider des transactions. Et bien sûr, pour cela, il est indispensable que la victime transmette des identifiants de connexion, codes de carte bleue et données bancaires diverses.

L’escroquerie est particulièrement sophistiquée, puisque, souvent, les pirates disposent d’informations personnelles qui mettent en confiance la victime. Elle n’y voit alors que du feu. 

Ces infos ont tout à fait pu être récupérées lors d’un phishing précédent, puis mises en vente sur le darkweb. Dans un article du Parisien publié le 20 janvier 2023, un expert de Cybermalveillance.gouv indiquait qu’à cette date, 1 500 victimes de l’arnaque au faux conseiller bancaire avaient déjà été identifiées. Au point que le 19 janvier, le site gouvernemental a émis une alerte spécifiquement liée à cette escroquerie, qui n’a sans doute pas fini de toucher de nouvelles proies.

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