Alors qu’il y a tout lieu de penser que ce nouvel espace virtuel et immersif sera un terrain prisé des escrocs et cybercriminels, les services de police et de gendarmerie polissent leurs armes. Au menu : communication, formation, travail collaboratif, mais aussi répression.

Les analystes en parlent déjà comme d’une prochaine révolution technologique majeure. Rien de moins. Le métavers constitue un univers auquel on accède sur Internet, muni d’un casque de réalité virtuelle. L’expérience se veut donc immersive. Dans le métavers, avec son avatar, chacun et chacune peut évoluer dans un environnement « parallèle » et y mener une vie virtuelle. 

Nike, Coca-Cola, Dolce & Gabbana, Sotheby’s… de grandes marques internationales ont déjà franchi le cap du métavers. Mais ses débuts restent timides auprès du grand public. Par exemple, la plateforme sociale en réalité virtuelle de Meta, Horizon Worlds, n’affiche pour l’heure que 200 000 utilisateurs et utilisatrices. 

L’Institut Gartner, qui prédit les tendances du futur, estime pourtant que « d’ici 2026, une personne sur quatre passera au minimum une heure par jour dans le métavers pour travailler, étudier, faire des achats et entretenir des relations sociales ». Si le métavers est encore en construction et se cherche un public, les forces de l’ordre s’y intéressent déjà de près. Le métavers favoriserait par exemple la formation et le travail collaboratif. Investir le métavers, c’est aussi marquer sa présence dans un univers où tous prédisent qu’il aura également son double maléfique, le darkverse. Les cybercriminels pourraient y voir un nouveau terrain de jeu.

Un premier exercice international de sécurité dans le métavers

Preuve de l’intérêt des forces de police pour le métavers ? En mars 2022, les Émirats arabes unis et la France ont organisé le premier exercice international virtuel de sécurité dans le métavers. Des membres de la police et de la gendarmerie nationales françaises ont participé à cet événement réunissant, virtuellement, 9 pays de l’International Security Alliance (ISA) (Alliance internationale de sécurité). Baptisée ISALEX 2.0, cette première mondiale a permis de faire travailler ensemble, durant trois jours, 50 expertes et experts en sécurité dans ce nouvel univers. Lesquels ont planché sur des scénarios de cybercriminalité et d’attaques de drones. 

L’occasion de tester la coopération et le travail collaboratif. En effet, les équipes ont pu se retrouver pour travailler ensemble dans le métavers depuis la salle des opérations de chacun des pays participants ! 

Selon Hamad Khatir, directeur du département des opérations internationales au ministère de l’Intérieur des Émirats arabes unis : « cet exercice montre à quel point l’expérience pratique dans un environnement de réalité virtuelle peut être cruciale pour soutenir la formation policière en temps réel, faciliter le partage des connaissances et de l’expertise, et stimuler la coopération internationale. Aujourd’hui, nous faisons entrer les forces de l’ordre dans le métavers, mais c’est finalement dans le monde réel que nous en tirerons les bénéfices. »

Entre formation et répression pour la gendarmerie nationale

La gendarmerie nationale a participé à cet exercice inédit. Mais son intérêt pour le sujet ne s’arrête pas là. L’institution édite la revue Cultur’IA, consacrée à l’intelligence artificielle et à ses apports dans le domaine de la sécurité. Elle a logiquement consacré un numéro au métavers. La gendarmerie réfléchit déjà à la manière dont elle pourra travailler dans ces univers virtuels immersifs. 

Voici quelques applications possibles : 

  • Analyser des scènes de crime via une interface immersive pour mieux appréhender traces et indices.
  • Améliorer des formations pour les unités d’intervention et de maintien de l’ordre.
  • Placer des acteurs opérationnels dans des scénarios complexes sans les mettre en danger.

À l’avenir, en étant présente dans le métavers, la gendarmerie entend aussi accentuer son rôle d’information auprès de la population qui évoluera dans cet environnement virtuel. Par exemple, via le métavers, la gendarmerie compte mener des actions de prévention, d’information et de communication, et offrir une accessibilité à ses services. Mais la gendarmerie a bien conscience qu’un volet « répression » fera immanquablement partie de l’équation métavers. Puisqu’il y a tout lieu de penser que cet univers n’échappera pas aux faits de délinquance.

Pour beaucoup, le métavers est synonyme d’avenir lointain. Mais les questions qu’il soulève sont celles qui ont toujours motivé Interpol, à savoir aider nos pays membres à lutter contre la criminalité, et rendre le monde, virtuel comme réel, plus sûr pour les populations qui y vivent.

Jürgen Stock, secrétaire général d’Interpol

Interpol ouvre ses bureaux dans le métavers et organise des formations

C’est également ce que pense Interpol, l’organisation internationale de lutte contre le crime organisé. Selon Jürgen Stock, secrétaire général d’Interpol, « pour beaucoup, le métavers est synonyme d’avenir lointain, mais les questions qu’il soulève sont celles qui ont toujours motivé Interpol, à savoir aider nos pays membres à lutter contre la criminalité ; et rendre le monde, virtuel comme réel, plus sûr pour les populations qui y vivent ». 

Interpol a ainsi annoncé la création d’un groupe d’expertes et d’experts sur le métavers, pour notamment veiller à ce que ce nouveau monde virtuel soit sécurisé dès la conception. L’organisation entend également se préparer aux nouvelles menaces qu’implique le métavers. « À mesure que le nombre d’utilisateurs du métavers augmente et que les technologies se perfectionnent, la liste des infractions possibles ne cessera de s’allonger, pour inclure la pédocriminalité, le vol de données, le blanchiment d’argent, la fraude financière, la contrefaçon, les rançongiciels, l’hameçonnage, ou encore les agressions et le harcèlement sexuels », estime-t-elle.

Interpol a fait un premier pas concret en lançant en octobre 2022 le premier métavers policier au monde. Les utilisateurs et utilisatrices ont ainsi pu visiter le siège lyonnais de l’organisme. 
Quant aux policières et policiers, ils peuvent désormais interagir avec d’autres agents par l’intermédiaire d’avatars, et même suivre des formations immersives ainsi que des exercices pratiques. Par exemple, au cours de ce lancement, des spécialistes de la Direction du renforcement des capacités et de la formation d’Interpol ont dispensé une session de formation dans une salle de classe dans le métavers. Cela portait sur la vérification des documents de voyage et le contrôle des passagères et passagers. Les stagiaires ont ensuite été téléportés dans un aéroport, dans lequel ils ont pu mettre en pratique leurs nouvelles compétences à un poste-frontière virtuel. Bluffant !

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