Lentement mais sûrement, le secteur de la sécurité privée se féminise. Une nouvelle donne que les entreprises souhaitent accélérer et qui nécessite notamment de déconstruire des clichés tenaces.

À seulement 27 ans, Audrey vient de prendre un poste d’assistante d’exploitation au sein de l’agence GORON de Toulouse avec en perspective à moyen terme, celui de devenir Responsable d’exploitation à part entière. Une nouvelle étape d’un parcours fulgurant qui l’a fait gravir tous les échelons hiérarchiques de la sécurité privée en cinq courtes années. Entrée à la gendarmerie à l’âge de 17 ans, cette ancienne championne de boxe rejoint la société GORON en 2013, via le système de reconversion des militaires. Son premier poste est celui d’agent de sécurité incendie (SSIAP 1) sur un immeuble de grande hauteur. Douée pour le management, elle est vite repérée par ses supérieurs. À force de travail et de formations diverses, elle devient responsable de site sécurité et sûreté sur un lieu culturel de prestige. Accompagnée de trois adjoints, elle manage pendant deux ans plus de 120 agents, hommes et femmes, en majorité plus âgés qu’elle. Audrey ne s’arrête pas là. En 2017, elle passe son Bac pro via une VAE (Validation des acquis de l’expérience) et obtient son SSIAP 3. Elle intègre en parallèle la seconde promotion de l’Ecole Supérieure de la Sûreté des Entreprises (ESSE) et obtient un Certificat de management de la Sûreté, la première formation certifiante dans son domaine en France. Souhaitant se rapprocher de sa famille, elle demande alors sa mutation dans le sud de la France et atterrit ainsi à son poste actuel à Toulouse.

Quelle est la place des femmes dans la sécurité privée ?
Crédit photo : © GORON

Le métier se féminise

Le parcours d’Audrey est symbolique d’une mue du secteur de la sécurité privée : les métiers se féminisent. Mieux encore, les femmes se saisissent désormais pleinement des possibilités d’évolution qui s’offrent à elles via les formations professionnalisantes. En 2017, le rapport de branche estimait que le personnel féminin représentait 13% des effectifs totaux de la sécurité privée. Un pourcentage encore trop bas mais néanmoins encourageant quand on sait que les femmes étaient quasiment inexistantes dans le secteur il y a encore quelques années.

Historiquement, elles ont d’abord été employées dans la sûreté aéroportuaire et dans l’événementiel, notamment pour des missions de palpation (la loi obligeant à effectuer ce geste sur des femmes par des personnes de même sexe). Aujourd’hui, on les retrouve dans tous les métiers de la sécurité y compris dans l’encadrement : aux postes de contrôle d’accès, chef d’équipe, contrôleur qualité ou encore responsable d’exploitation. Elles sont aussi très appréciées dans les fonctions SSIAP, notamment pour le secours à personne.

Quelle est la place des femmes dans la sécurité privée ?
Crédit photo : © GORON

Quel que soit leur poste, les femmes répondent parfaitement aux compétences requises pour exercer les métiers de la sécurité privée. Les qualités recherchées par les recruteurs sont les mêmes que pour les hommes : rigueur, éthique, honnêteté, sens du contact humain. Sur le terrain, on apprécie leurs aptitudes relationnelles et l’efficacité de leur management : elles sont en général très organisées et vont à l’essentiel. Elles veillent par ailleurs à prendre des décisions justes et consacrent du temps à la communication. On remarque aussi qu’une empathie naturelle leur permet de désamorcer plus rapidement que les hommes des situations conflictuelles.

Quel que soit leur poste, les femmes répondent parfaitement aux compétences requises pour exercer les métiers de la sécurité privée.

Une égalité des chances et de traitement

Si la parité dans les effectifs n’est pas encore atteinte, les entreprises de sécurité privée veillent à assurer une stricte égalité des chances et de traitement. « Le débat homme-femme n’existe pas dans notre profession, explique Eric Chenevier, PDG de la société GORON. Hommes et femmes bénéficient exactement du même traitement, des mêmes conditions de travail ; il n’y a aucune discrimination, que ce soit pour les salaires ou pour l’évolution au sein de l’entreprise. »

Pour Audrey, la clé de la réussite est le management de proximité, fondé sur la compétence et la communication. « Lorsque j’étais responsable de site, les agents  –  notamment les hommes  –  me respectaient. Mon âge n’était pas un problème car ils savaient que je maîtrisais mon sujet et que mes décisions étaient prises seulement sur la recherche d’efficacité. Je prenais soin de mes effectifs : je les recevais souvent dans mon bureau, je les écoutais beaucoup et j’étais arrangeante sur leur planning, ce qui n’excluait pas pour autant la fermeté lorsqu’il s’agissait de recentrer la qualité du travail ». Le plus important est de créer de la cohésion au sein de son équipe, sans jamais verser dans le copinage, explique-t-elle.

Celle qui a connu une évolution de carrière fulgurante l’affirme : une femme a tout autant sa place qu’un homme dans la sécurité privée. « Si l’on est volontaire et motivée, le secteur offre rapidement des opportunités de formation pour évoluer ».

Quelle est la place des femmes dans la sécurité privée ?
Crédit photo : © GORON

Mettre en place les conditions de féminisation du secteur

Alors pourquoi, les femmes sont-elles encore si peu nombreuses dans la branche ? Les sociétés de sécurité privée recherchent de plus en plus de profils féminins mais les candidatures se font rares. C’est que le métier souffre d’un déficit d’image général, notamment auprès des femmes qui n’imaginent pas que la sécurité privée puisse les accueillir. Les clichés sont tenaces : on pense qu’il faut être grand, fort, autoritaire pour s’imposer dans ce métier, ce qui est complètement faux. Il faut aussi dire que le métier souffre d’une image relativement machiste.

Pour changer la donne, il faut créer les meilleures conditions possibles à une féminisation saine de la profession. Au delà des chartes sur la diversité et de la communication, cela passe avant tout par l’engagement de la direction de l’entreprise qui doit promouvoir cette évolution et accompagner la démarche.

« En tant que dirigeant d’entreprise, nous avons un devoir de pédagogie. Nous devons nous adresser au marché du travail concrètement, pour démontrer aux femmes qu’elles ont toute leur place dans ce secteur et qu’elles ont même tout à y gagner » ajoute Eric Chenevier. C’est ce que la société GORON a amorcé en lançant en 2016 une série de reportages vidéos mettant à l’honneur différents profils de femmes exerçant au sein de l’entreprise. Des femmes, souvent jeunes, inspirantes, passionnées par leur métier, dont le parcours pourrait servir de modèle et  –  pourquoi pas  –  révéler des vocations.

Crédit photo principale : © GORON

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