Elles et ils sont douze à concourir pour le premier tour des élections présidentielles en France, qui a lieu le 10 avril 2022. Visites diverses, meetings, débats, déplacements sur la voie publique : ces différentes situations mettent les candidates et les candidats au contact direct de la population. Mais occuper le terrain n’est pas sans risques pour leur sécurité. Si tous les prétendants à l’Élysée peuvent bénéficier d’une protection, dans les faits, elle peut varier. Explications.

Un contexte électoral électrique 

Le président Macron giflé au cours d’un déplacement dans la Drôme en juin 2021, puis victime d’un œuf lors d’un salon à Lyon, en septembre ; des coups qui pleuvent durant plusieurs meetings d’Eric Zemmour… Des scènes cauchemardesques pour les services d’ordre.

Et pourtant, les professionnels les plus aguerris le savent : il faut de plus en plus composer avec la violence décomplexée envers élus et candidats. Ainsi, entre janvier et novembre 2021, près de 1 200 élus ont été victimes d’agressions, un chiffre en hausse de 47 % par rapport à l’année précédente. Un spécialiste du sujet ne s’en cachait pas, en octobre 2021, dans l’hebdomadaire Marianne : « la violence à l’égard des personnalités politiques se banalise. Et la menace a évolué. En plus de l’hypothèse d’un attentat structuré, il faut s’attendre à l’action d’un individu isolé, qui n’aura pas vraiment préparé son acte et qui sera donc très difficile à détecter. ». L’analyse est signée Jean-Pierre Diot, chargé durant plusieurs années de la protection de Nicolas Sarkozy, et désormais à la tête de la Fédération française de la protection rapprochée. 

Un service spécialisé adapté au niveau de la menace 

Veiller à la sécurité des candidates et des candidats, c’est le rôle du SDLP : le service de la protection, rattaché à la Police nationale. Composé de près de 1 300 collaborateurs et collaboratrices, il est à l’année chargé de la protection de personnalités menacées. Durant les échéances présidentielles, une partie des effectifs se charge de celle des candidats à la fonction suprême. 

Pour autant, les ressources allouées à chaque candidat varient en fonction d’un niveau de menace régulièrement évalué (en fonction de l’actualité ou de menaces reçues) par l’unité de coordination de la lutte antiterroriste, qui attribue une note. Le principe : une échelle de 1 à 4, du niveau de risque le plus élevé au moins élevé. 

De cette graduation va ensuite dépendre le nombre d’agents formant le cordon direct autour du candidat : en général de 1 à 8. Lesquels sont complétés de personnels qui suivent dans des véhicules et se tiennent aussi à proximité, ainsi que de CRS et policiers lors des déplacements sur la voie publique. Les services de sécurité des équipes de campagne assurent, eux, la protection à l’intérieur des salles de meeting.

Les candidates et candidats sont également « accompagnés » en dehors de leurs apparitions publiques, dans leur vie de tous les jours, et doivent se plier à des protocoles spécifiques. Ce qui n’est pas du goût de tous. Tous les candidats ont droit à une protection, y compris les moins bien placés dans les sondages. Tous ne sont pourtant pas tenus de l’accepter. Pour la présidentielle 2022, certains la refusent ou la réduisent au minimum.

Bains de foule et séances de selfies : des situations à risque

Le service de la protection est peu disert sur ses usages. Et pour cause, inutile de donner des « billes » sur ses points de vigilance aux éventuels agresseurs. Mais plusieurs situations sont connues pour leur donner des sueurs froides. Les bains de foule improvisés, évidemment, les séances de selfies avec les candidats, aussi. Le SDLP est particulièrement attentif aux mains et à leurs mouvements. Objectif : être prêt à bondir pour écarter les menaces, éviter les gifles, coups, projectiles, entartages, enfarinades… 

Si ces événements font généralement le buzz sur les réseaux sociaux, ils font suer à grosses gouttes le service de la protection… Dont les agents disposent cependant de quelques accessoires pour le moins étonnants comme des… parapluies boucliers blindés made in France. Pour repousser les foules et éviter les projectiles, tous les moyens sont bons !

Le service de la protection de la Police nationale entoure les candidats. Les ressources sont attribuées en fonction d’une échelle de risques de 1 à 4.

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