Ce sont pas moins de 18 000 agents de sécurité privée en moyenne qui devront être quotidiennement mobilisés pour répondre aux besoins sécuritaires des Jeux olympiques de Paris 2024. Tandis que du côté de l’organisation, on se veut publiquement rassurant, il se murmure en coulisses que le nombre requis pourrait ne jamais être atteint. À quelques semaines de la compétition, l’État et le COJO (comité d’organisation des Jeux olympiques) semblent se heurter à une réalité difficile à contourner : celle d’un secteur en tension où le recrutement peine à être dynamique.

C’est l’une des grosses incertitudes de ces Jeux olympiques de Paris 2024. Le secteur de la sécurité privée sera-t-il en mesure de faire face aux exigences qui lui sont formulées ? Les besoins sont énormes : 18 000 agents mobilisés quotidiennement en moyenne, avec des pointes à 22 000, pour la cérémonie d’ouverture notamment. 

Un défi de taille pour un secteur en perte d’attractivité depuis plusieurs années et dans lequel le recrutement est déjà relativement difficile en temps normal. 

Des effectifs toujours incomplets

« 97 % de nos besoins en sécurité privée sont contractuellement couverts », déclarait le président du Comité d’organisation des Jeux olympiques Tony Estanguet à l’occasion d’une conférence de presse organisée en avril dernier. 

De quoi mettre fin à toute spéculation quant à un éventuel déficit d’agents de sécurité privée durant la compétition ? Rien n’est moins sûr. 

« L’engagement d’une entreprise n’affirme en aucun cas la présence réelle des agents sur le terrain pour le matin de l’événement », déclarait un proche de l’organisation à RMC sport fin avril. Avant d’asséner : « On sait très bien qu’on n’aura pas le nombre d’agents pour les JO ». 

On sait très bien qu’on n’aura pas le nombre d’agents pour les JO

Un point de vue que semble confirmer les derniers chiffres en date. Début mars, le COJO avait estimé ses besoins à 18 328 agents. À la même date, 10 555 agents avaient été recrutés. 

Le nombre d’agents de sécurité privée à disposition pour la sécurisation de la cérémonie d’ouverture pose lui aussi question. À la mi-avril, les derniers appels d’offres lancés n’avaient permis de trouver que cinq entreprises pour s’approprier l’un des 29 lots proposés pour l’événement, qui aura lieu le 26 juillet. 

Un élargissement des missions de l’armée et des forces de l’ordre envisagé

Le risque d’un manque d’agents de sécurité privée durant les JO, pressenti et redouté depuis des mois, semble devoir se concrétiser. Pour combler les trous dans la raquette sécuritaire, un recours aux forces de l’ordre et à l’armée plus important que prévu est envisagé.

Outre l’augmentation du nombre de militaires ou de policiers sollicités, un élargissement des missions auxquelles ils vont être affectés durant la compétition pourrait être acté. Activités de fouille pour les policiers et les gendarmes, sécurisation de points fixes pour les membres de l’armée… 

Une solution qui viendrait en complément de celles déjà mises en place par le gouvernement tout au long des derniers mois pour pallier le déficit de main d’œuvre issue du secteur de la sécurité privée.

En effet, de nombreuses mesures ont déjà été adoptées par l’État pour tenter de faire face au phénomène : 

  • Création d’un titre spécifique provisoire pour les étudiants, permettant à ces derniers de travailler comme agent de sécurité durant l’événement après une formation courte. 
  • Mobilisation des personnes sans emploi qualifiées, en collaboration avec France Travail, qui contacte les personnes possédant déjà une carte professionnelle mais actuellement sans activité pour les inciter à revenir dans le secteur de la sécurité.
  • Mobilisation des retraités du secteur de la sécurité privée et d’autres secteurs liés à la sécurité.
  • Cumul d’emplois pour les agents publics, autorisés à exercer une activité salariée dans une entreprise de sécurité privée en parallèle de leur mission au sein de l’administration. 
  • Mise en place une formation accélérée de trois semaines pour les nouvelles recrues, notamment les étudiants, afin de faciliter leur intégration rapide en tant qu’agents de sécurité​. 

Des initiatives dont les résultats ne permettent pas pour le moment d’obtenir les résultats escomptés. 

Un défi impossible à relever par nature ? 

Si le Comité d’organisation peine autant à atteindre ses objectifs quant au nombre d’agents de sécurité disponibles pour les JO, c’est qu’il s’adresse à un secteur en tension, déjà marqué par des difficultés de recrutement avant même l’émergence des besoins découlant de la tenue de l’événement. 

Une enquête de la CCI de Paris publiée en fin d’année 2023 révélait que 84 % des entreprises de sécurité privée ayant cherché à recruter sur les 6 derniers mois avaient rencontré des difficultés à le faire. En raison, notamment, d’une absence de réponse à leurs offres d’emploi. 

Ce constat établit, difficile d’imaginer le secteur parvenir à répondre aux besoins d’un événement de l’ampleur des JO. Événement qui exige d’entreprises qui ne parviennent que difficilement à satisfaire leurs propres besoins, qu’elles multiplient les recrutements pour combler ceux d’un autre. 

De ce fait, certaines entreprises se retrouvent en « concurrence » avec les Jeux olympiques. Leur quotidien et celui de leurs clients ne vont pas s’interrompre le temps des olympiades. Les sociétés en question devront bien mobiliser leurs agents pour continuer de remplir leurs missions habituelles ou répondre aux besoins ponctuels de leur clientèle. Autant d’agents qui ne seront donc pas affectés à la sécurisation de Paris 2024. 

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