L’organisation d’une parade à ciel ouvert en guise de cérémonie d’ouverture des JO de Paris cristallise les craintes. Alors que le contexte international inquiète, plusieurs mesures de sécurité ont été dévoilées fin 2023 par la préfecture de police de Paris. Mais dans le même temps, des voix s’élèvent pour demander aux organisateurs de revoir leur copie. Le président de la République a assuré, le 20 décembre 2023, qu’en cas de menace extrême, d’autres options seraient possibles pour assurer la sécurité de la cérémonie d’ouverture. Quitte à devoir renoncer au grand spectacle sur la Seine ?

Une cérémonie à ciel ouvert par nature plus complexe à sécuriser

Jamais un tel spectacle n’a été organisé dans l’histoire des Olympiades. Le 26 juillet prochain, les organisateurs des Jeux Olympiques de Paris 2024 prévoient une parade fluviale sur la Seine en guise de cérémonie d’ouverture. Le parcours retenu ? Six kilomètres entre le pont d’Austerlitz et le pont d’Iéna, avec un final spectaculaire devant le Trocadéro. 

Le caractère inédit et grandiose de ce spectacle inquiète cependant à plusieurs titres. La cérémonie parisienne doit se dérouler à ciel ouvert, alors que les shows d’ouverture ont traditionnellement lieu dans des stades. Des enceintes sportives fermées, beaucoup plus simples à sécuriser. Hors norme lui aussi, le nombre de spectateurs autorisés à prendre place le long des berges est bien plus élevé que la capacité d’accueil d’un stade. De quoi également générer des craintes. 

Pour les forces de l’ordre, le défi est de taille. Il convient d’assurer la sécurité des berges, du fleuve lui-même, des airs, du public, des athlètes et des chefs d’État du monde entier. 

Pour l’heure, il est prévue que la cérémonie d’ouverture mobilise :  

  • 35 000 forces de sécurité intérieure (policiers, policières et gendarmes),
  • 2000 fonctionnaires de police municipale de la ville de Paris,
  • 3000 agents de sécurité privée. 

La menace terroriste exacerbe les inquiétudes

Le dernier trimestre de 2023 a encore davantage accentué les doutes quant à la sécurité de la cérémonie d’ouverture. 

Le contexte au Proche Orient inquiète. La France a de plus connu deux attaques terroristes. La première a provoqué la mort d’un enseignant, tué à Arras le 13 octobre. La seconde a eu lieu le 2 décembre. Elle a coûté la vie à un touriste de nationalité allemande et philippine, à deux pas de la Tour Eiffel, à Paris. 

De quoi relancer le débat sur la sécurité de la parade fluviale. Plusieurs voix se sont en effet élevées pour exhorter les organisateurs à revoir leur copie. Parmi elles, celle de Frédéric Péchenard, ancien directeur général de la police nationale. Il a fait part de ses importantes réserves dans un entretien accordé au journal Le Monde, paru le 4 décembre. Il a notamment appelé à un « éventuel plan B » pour la cérémonie d’ouverture, se posant la question de la suffisance des moyens « pour surveiller des dizaines de milliers de personnes et des centaines d’appartements ».

Dans la foulée, la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra a de son côté assuré, lundi 4 décembre, sur France Inter, que la France avait « la capacité de sécuriser cet événement ». Et que la délocalisation de la cérémonie d’ouverture n’était alors pas une hypothèse envisagée.

Pour Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, « la cérémonie d’ouverture doit débuter le plus tôt possible, se tenir idéalement de 19h30 à 22h30 maximum. Sa jauge doit être maîtrisée à maximum 400 000 spectateurs pour permettre une bonne évacuation des spectateurs à l’issue de la parade, car de nombreuses stations à proximité de la Seine seront fermées pour éviter les cohues » (Le Parisien, 19 décembre).

La question de la jauge des spectateurs reste à trancher

La jauge des spectateurs et spectatrices est justement l’une des problématiques suscitant le plus l’inquiétude. Les organisateurs des Jeux Olympiques de Paris et les forces de sécurité sont déjà bien loin de l’ambition initiale. 600 000 spectateurs et spectatrices autorisés sur les quais ? Ce chiffre n’est déjà plus à l’ordre du jour depuis plusieurs mois. Les données actuelles font état de 400 000 spectateurs et spectatrices. Selon RMC Sport, la baisse de la jauge pourrait faire partie des adaptations possibles en cas de menace terroriste importante à quelques jours du coup d’envoi des JO. Un chiffre encore revu à la baisse, aux alentours des 300 000, n’est d’ailleurs pas exclu. 

La baisse de la jauge de 400 000 à 300 000 spectateurs pourrait faire partie des adaptations possibles en cas de menace terroriste importante à quelques jours du coup d’envoi des JO.

Cette question devrait être tranchée à quelques semaines de l’événement, au printemps 2024, à l’ouverture de la billetterie mise en place pour la cérémonie d’ouverture. Il est d’ailleurs très probable que les spectateurs et spectatrices inscrits fassent l’objet d’un criblage (ensemble de vérifications poussées quant à leur identité). 

Des plans de secours en cas de risque trop important ?

Invité le 20 décembre dans l’émission C à vous sur France 5, le président de la République a fait le point sur les interrogations qui entourent la sécurité de la parade sur la Seine. 

« Il y a évidemment des plans B, des plans C, etc. », a indiqué Emmanuel Macron. 

Ceux-ci pourraient être activés en cas de menace potentielle. « Si vous avez une montée des tensions internationales ou régionales, si vous avez une série d’attaques, a-t-il expliqué, bien sûr, vous n’organisez pas sur la Seine ».

Parmi les plans d’adaptation figure la diminution de la fameuse jauge des spectateurs mais également, donc, une délocalisation de l’événement en cas de risque terroriste extrême. 

Les premières mesures de sécurité connues

Pour l’heure la préfecture de police de Paris travaille à la sécurité d’une cérémonie d’ouverture qui se déroulerait bel et bien sur la Seine le 26 juillet. 

Elle a d’ailleurs déjà dévoilé plusieurs mesures : 

  • L’espace aérien au-dessus de Paris et de ses environs sera totalement bouclé entre 19h et minuit. 
  • Le trafic fluvial sera totalement coupé sur la Seine dans la semaine qui précédera la cérémonie d’ouverture pour sécuriser l’ensemble du parcours. Aucun trafic maritime ne sera autorisé par les autorités.
  • Tous les quais de Seine ainsi que les habitations riveraines seront soumis à une interdiction de circulation sur une zone de plus de 10 km (7 km de parade et entre 3 et 4 km de zone de stockage pour les bateaux prenant part à la parade).
  • Les riverains pourront inviter des proches à admirer la cérémonie. À la condition obligatoire de s’inscrire sur une plateforme en ligne au préalable, et d’y laisser son identité. Objectif : procéder à des vérifications.
  • Le périmètre de sécurité autour de la Seine et les interdictions de circulation seront élargis le jour J, jusqu’aux Champs Élysées notamment, pour assurer la sécurité des chefs d’État présents sur l’esplanade du Trocadéro.

Pour des raisons évidentes, les autorités ne communiquent qu’avec parcimonie sur l’ensemble des mesures de sécurité prévues pour la parade fluviale.

Lire aussi

L’ingénierie sociale : le facteur humain
comme maillon faible de la sécurité des entreprises

Sécurité & Sûreté humaine
17 octobre 2023

La protection contre les cybermenaces passe nécessairement par une sécurisation des réseaux informatiques. Mais qu’en est-il du facteur humain ? Le personnel peut constituer un redoutable vecteur d’attaque, et les pirates l’ont bien compris. Aussi sournoises qu’efficaces, les tactiques d’ingénierie sociale exposent les organisations à des risques sérieux. En quoi consiste cette menace…

Sécurité climatique : les impacts de la crise environnementale en matière de défense et de sécurité

Sécurité & Sûreté humaine
10 octobre 2023

Le réchauffement climatique a de nombreuses répercussions sur notre planète et sur sa biodiversité. Il impacte également l’activité humaine, dans des secteurs parfois inattendus. Parmi lesquels la défense et la sécurité. Le phénomène a, en effet, pris une telle ampleur qu’il en vient à redéfinir les stratégies militaires, ainsi que…