En France, les accidents du travail sont responsables de plus de 700 décès chaque année, selon l’Assurance maladie. Souvent sous-estimés, voire occultés, ces accidents sont en constante augmentation, et ils représentent un véritable phénomène de société. Explications.

En juillet 2021, plusieurs événements dramatiques ont fait les gros titres de la presse quotidienne régionale. Le 25, à Massy Palaiseau en Île-de-France, un ingénieur de la SNCF décédait dans un effondrement de terrain. Quelques jours plus tôt, à Condette (Pas-de-Calais), un ouvrier perdait également la vie sur son lieu de travail. Même bilan dramatique pour un autre ouvrier à La Chapelle-des-Fougeretz (Ille-et-Vilaine) dans la même semaine. Ces faits-divers révèlent un véritable phénomène de société : les décès liés à des accidents du travail.

Le pire bilan de l’Union européenne

En tout chaque année, la France dénombre plusieurs centaines de morts liés à des accidents du travail. L’Assurance maladie dénombrait 733 décès en France en 2019. Un chiffre en nette augmentation depuis quelques années, après des décennies de baisse. Le pays enregistre ainsi le pire bilan de l’Union européenne, selon les derniers chiffres d’Eurostat. En comparaison, l’Allemagne, pourtant moins peuplée, dénombrait 430 décès en 2017, contre 537, dans l’Hexagone, la même année. 

Pourtant, ces chiffres dramatiques seraient minimisés, selon plusieurs spécialistes, dont le militant et professeur d’histoire-géographie Matthieu Lépine. Ce dernier tient un compte Twitter qui recense les accidents du travail, y compris ceux que l’Assurance maladie ne comptabilise pas. L’organisme ne compte, en effet, que les accidents des personnes inscrites au régime général (excluant ainsi les agriculteurs, de nombreux fonctionnaires, etc.). De même, les 283 morts dans des accidents de trajet (entre le lieu de résidence/restauration et le lieu de travail), et les 248 morts de maladie professionnelle ne sont pas pris en compte dans ce lourd bilan. 

733

décès dans des accidents du travail en 2019

283

décès dans des accidents de trajet

248

décès suite à des maladies professionnelles

Car, au-delà de ces événements dramatiques, les accidents du travail semblent monnaie courante. En 2019, l’Assurance maladie recensait ainsi plus de 800 000 accidents du travail (avec ou sans décès). En incluant les accidents de trajet et les maladies professionnelles, ce chiffre dépassait même le million de sinistres reconnus. 

Omerta sur les accidents du travail

Pourtant, ces chiffres ne semblent pas faire débat au niveau national. « L’accident du travail est un non-sujet de santé publique. On l’envisage sous l’angle de la fatalité, des “risques du métier”. Cela contribue à une naturalisation du risque professionnel, qui n’est pas interrogé en soi », explique ainsi Véronique Daubas-Letourneux, sociologue, enseignante-chercheuse à l’École des hautes études en santé publique interrogée par Le Monde. Et même dans la presse quotidienne régionale qui relate ce type de fait-divers, les accidents du travail sont rarement désignés comme tels. 

L’accident du travail est un non-sujet de santé publique.

Véronique Daubas-Letourneux, sociologue

Plusieurs facteurs expliquent ce silence relatif des médias et de la société en général. Spécialistes du sujet, les professeurs canadiens Bob Barnetson et Jason Foster se sont intéressés à la perception des accidents du travail dans la presse. Selon eux, la médiatisation de ces événements répond à des cadres préétablis. Devant l’accumulation d’informations et la surenchère médiatique de ces dernières années, les journalistes ont tendance à sélectionner et à reproduire des événements qui répondent à des schémas préconçus. Et ce, sans en avoir forcément conscience, par simple facilité. Pour les accidents du travail, cela se traduit par la médiatisation des rares faits divers qui correspondent à des cadres préétablis, comme ceux mettant en scène de jeunes travailleurs imprudents. Ces rares événements sont ainsi privilégiés, au détriment des autres, même plus représentatifs et plus nombreux. 

La presse joue un rôle déterminant dans la perception de ce phénomène de société.

La lutte s’organise

Pourtant, malgré ce relatif silence, ni les autorités ni les entreprises ne restent les bras croisés. En juin 2021, la Commission européenne s’est ainsi dotée d’un plan d’action ambitieux pour les années à venir. Objectif : mieux collecter les données sur les accidents du travail au niveau européen, et viser le 0 décès lié au travail. 

Par ailleurs, le plan de la Commission entend préparer les entreprises aux nouveaux enjeux des accidents du travail. « Le monde du travail évolue, sous l’impulsion des transitions écologique, numérique et démographique. (…) C’est pourquoi maintenir et améliorer les normes de protection des travailleurs restent une priorité pour une économie au service des personnes. Nous avons besoin de davantage d’actions de l’UE pour adapter nos lieux de travail à l’avenir », estime ainsi Valdis Dombrovskis, vice-président exécutif pour une économie au service des personnes, au sein de la Commission, dans le communiqué de l’organisation. Parmi les nouveaux risques liés au travail qui feront l’objet de nouvelles mesures de la Commission : les écrans, les maladies mentales, les pandémies, etc.

La formation, clé de la sécurité au travail

Parmi les axes d’amélioration à l’agenda de la Commission européenne : la formation. L’organisme européen entend encourager les programmes de formation sur la sécurité au travail pour réduire les risques. Notamment le développement des formations pour les microentreprises et les TPE, la mise à jour des formations pour prévenir les nouveaux risques, etc.  

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