Du 26 juillet au 11 août, les Jeux Olympiques de Paris représenteront la priorité absolue en termes de sécurité sur le territoire français. Pour l’occasion, l’État va déployer plus de moyens de protection que jamais, recourant notamment à des effectifs habituellement affectés à d’autres territoires et d’autres événements en cette période de l’année. Il en va de même pour le personnel de sécurité privée, qui sera largement mobilisé pour la compétition, alors que les olympiades vont probablement engendrer une accentuation des besoins des entreprises en matière de protection. Quels sont les effets indirects des Jeux Olympiques en matière de sécurité ?

Chaque jour, les Jeux Olympiques de Paris vont mobiliser 30 000 policiers, policières et gendarmes. Un chiffre qui atteindra même les 45 000 pour la seule cérémonie d’ouverture sur la Seine le 26 juillet. L’Armée, elle, devrait être sollicitée à hauteur de 15 à 20 000 militaires. Le secteur de la sécurité privée est, quant à lui, prié de fournir jusqu’à 22 000 agents pour l’événement. Un chiffre qui n’est pas encore atteint, malgré la multiplication des campagnes de recrutement.

Cette concentration des forces de sécurité sur les sites olympiques parisiens et dans les villes de province qui accueilleront des compétitions n’est pas sans conséquence pour le reste des territoires. 

Les CRS et gendarmes mobiles disparaissent des littoraux

Réquisitionnés pour les JO, les CRS seront absents des plages de Gironde cet été. Une décision qui n’est d’ailleurs pas propre au littoral atlantique. Aucun CRS ni gendarme mobile ne foulera les sites balnéaires de France. Idem, donc, pour la Manche et la Méditerranée. Au grand dam des élus locaux. En effet, s’ils envisagent de recruter des maîtres-nageurs sauveteurs (MNS) supplémentaires pour compenser cette absence, ces derniers n’ont pas les mêmes pouvoirs que des policiers nationaux. Lesquels sont les seuls en capacité de verbaliser sur les plages. 

Une véritable perte pour les localités concernées. Pour la municipalité de Saint-Malo, citée dans un article de la Gazette des communes de mai 2023, « la présence des CRS est cruciale car extrêmement dissuasive ». Pour le maire des Sables d’Olonne, « ces unités mobiles aident à tenir le terrain » et à contenir la petite délinquance. CRS et gendarmes mobiles sont effectivement rompus à la gestion des flux de population et au maintien de l’ordre. 

Le recours à la sécurité privée peut-il être une piste pour certaines communes ? « On va peut-être devoir recruter pour l’été plus d’agents temporaires de police municipale, faire appel à plus de MNS, indiquait également l’adjointe à la sécurité de Saint-Malo. On étudie aussi la possibilité d’embaucher des agents de sécurité pour certaines soirées. »

Festivals et fêtes remaniés pour être moins gourmands en effectifs de sécurité

La concentration des effectifs de police et de gendarmerie pour les JO n’est pas non plus sans conséquence pour les habituels festivals et autres événements festifs français. Élus et organisateurs ont dû revoir leur copie pour que les forces de sécurité soient le moins mobilisées possible. 

Le Sud-Ouest sans ferias estivales ? Impossible. Mais en l’absence des forces mobiles, appelées à encadrer les Jeux Olympiques, les ferias ont dû modifier leur organisation. Dans les Landes, elles devraient cesser plus tôt, à 2 heures du matin. Une douzaine de ferias landaises devraient respecter cet horaire. Autre exemple, du côté de Metz : cette année, les traditionnelles fêtes de la Mirabelle se dérouleront sans feu d’artifice ni grand concert.

À Avignon, les festivals In & Off démarreront plus tôt qu’à l’accoutumée, et se tiendront du 29 juin au 21 juillet 2024. Ainsi, à l’ouverture des JO, ils seront terminés. Même principe pour le festival interceltique de Lorient, qui a réduit la voilure et aura lieu du 12 au 18 août. Une douzaine de festivals en France auraient modifié leur configuration habituelle pour s’adapter à l’agenda olympique. 

Des festivals et fêtes français ont été remaniés pour mobiliser a minima les forces de sécurité.

Des besoins en plus pour les entreprises ?

La note confidentielle a fuité dans la presse le 29 août 2023. Émise par la gendarmerie, (transmise à la DGSI, au comité d’organisation et aux autres services concernés), elle dresse l’inventaire des menaces qui planent sur les Jeux Olympiques. 

Les gendarmes y évoquent un possible « accroissement des activités illicites » dû à l’augmentation exponentielle de la population. Quinze millions de visiteurs et visiteuses sont effectivement attendus en France pour l’occasion. 

Pour autant, c’est bien « la menace contestataire » qui inquiète le plus dans cette note. L’événement, en mondovision, pourrait effectivement servir « de vitrine à la commission d’actions diverses dans le cadre de contestations sociales et sociétales ». La note explique que « certains sponsors (Airbnb, Alibaba, Coca-Cola, CMA-CGM, Orange, EDF, Visa…) sont déjà ciblés par des activistes. Des dégradations ou des blocages de sites pourraient être organisés par des militants ». 

Plus d’actes délictuels et d’attaques d’entreprises à redouter, donc. De quoi nécessiter un besoin accru en agents de sécurité privée pour certaines entreprises ? Un défi qui s’annonce comme difficilement surmontable, à l’heure où les JO eux-mêmes accusent un déficit du côté des forces privées de sécurité. 

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