Depuis dix ans, les détectives (ou agents de recherches privées) ont réalisé un vaste travail de professionnalisation, et ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. Élue en mai 2021, Elie Quenet, la nouvelle présidente du principal syndicat représentant la profession, affiche ses ambitions : peser davantage dans l’univers de la sécurité. Explications.

Loin des clichés, un métier aux multiples facettes

Lunettes noires, imperméable beige, feutre vissé sur la tête : les clichés ont la vie dure ! Pourtant, la profession de détective privé dépasse de loin la traque des conjoint·es, une image qui lui colle inexorablement à la peau.

En langage administratif, le détective est un ARP : un agent de recherches privées. Sa mission est très précisément décrite dans le Code de la sécurité intérieure. Il s’agit d’« une profession libérale qui consiste, pour une personne, à recueillir, même sans faire état de sa qualité ni révéler l’objet de sa mission, des informations ou renseignements destinés à des tiers, en vue de la défense de leurs intérêts ». 

On peut donc retrouver un détective privé dans des cas de figure très divers : des dossiers autour de la famille et des entreprises (contrefaçons, enquêtes concurrentielles), mais aussi dans le domaine des assurances (et plus précisément des arnaques à l’assurance !), des recherches de personnes disparues et de débiteurs, de la contre-enquête pénale, du harcèlement, de la dissimulation de revenus, etc.

Son but : se mettre en quête de preuves qui enrichissent un dossier judiciaire, aussi bien au pénal qu’au civil. 

Moins d’agences, plus de professionnalisme

La profession a amorcé un premier virage il y a tout juste dix ans. Le 1er janvier 2012 naît le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). Cet organisme public de contrôle et de police administrative est chargé d’autoriser l’exercice, de contrôler (notamment en matière de formation initiale et continue) et d’encadrer la pratique des ARP, puisque c’est une profession réglementée. 

Dès cette date, le principal syndicat de la profession, le SNARP (Syndicat national des agents de recherches privées), siège au collège du CNAPS. Il s’investit ensuite activement dans la rédaction d’un code de déontologie publié en juillet 2012. Puis, en janvier 2013, le syndicat devient l’un des membres fondateurs de la Fédération française de la sécurité privée (FFSP). Les détectives représentent  3,5% des effectifs de cette fédération, aux côtés des convoyeurs de fonds et des gardes du corps

En dix ans, ces mesures auraient eu pour effet de trier le bon grain de l’ivraie. Avant les contrôles réalisés par le CNAPS, la France aurait compté jusqu’à 3 500 détectives. Depuis, le chiffre aurait été divisé par plus de trois puisque l’organisme n’aurait délivré qu’un peu moins d’un millier d’agréments. De son côté, l’Insee indique que le pays ne compte plus que 1 200 agences.

La profession face à de nouveaux défis

L’élection d’une nouvelle présidente au SNARP marque un autre tournant. Dès la prise de fonction d’Elie Quenet, le 28 mai 2021, les ambitions sont claires. Dans un communiqué, le syndicat estime qu’il s’agit d’« une élection qui illustre la volonté, portée par l’ensemble de la profession, de redessiner l’avenir des détectives privés en tant qu’acteurs incontournables du droit et de la sécurité privée ».

La présidente regrette cependant que « le secteur souffre toujours d’un manque cruel de considération de la part du législateur ». Mais selon elle, dorénavant, il faudra bien compter avec les ARP : « à l’heure où le secteur de la sécurité est en pleine mutation et où l’État appelle à la mise en œuvre d’un continuum de sécurité public-privé, le SNARP s’engage plus que jamais à travailler de concert avec l’État et les différents acteurs du secteur afin de concrétiser les synergies possibles ». Avec la volonté d’obtenir de nouvelles prérogatives pour les détectives. 

Dans une interview accordée, en décembre 2021, au magazine de la Fédération nationale de la sécurité privée, Elie Quenet enfonce le clou : « nous avons le sentiment d’être les oubliés de la consultation sur le continuum de sécurité puis sur la loi de sécurité globale ». En mal de reconnaissance, la profession estime pourtant être un maillon essentiel de la chaîne du droit dédié au recueil de preuves déterminantes dans bon nombre de dossiers. Effectivement, les détectives privés travaillent bien souvent en synergie avec des avocats ou des huissiers.

Une profession victime de ses divisions

Mais pour espérer peser davantage, il est souvent préférable d’avancer en rangs serrés. Ce qui serait loin d’être le cas. Et sur ce point, Elie Quenet n’y va pas par quatre chemins… 

Selon elle, la profession « détient vraisemblablement le record en nombre d’organisations professionnelles, proportionnellement au nombre d’acteurs : nous avons environ une vingtaine d’organisations pour près de 1 200 agences en France. Il existe une forte contestation de plusieurs minuscules organisations qui ne souhaitent pas être rattachées à la branche de la sécurité privée, et tout cela, pour des raisons que nous avons du mal à identifier ». 

La présidente du SNARP estime que la profession perd « beaucoup de temps en contestations internes, alors que nous devrions faire évoluer notre convention collective d’une seule voix et défendre notre profession ». Un chantier de plus pour les détectives.

Nous avons le sentiment d’être les oubliés de la consultation sur le continuum de sécurité puis sur la loi de sécurité globale

Elie Quenet, présidente du Syndicat national des agents de recherches privées

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