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Feux d’artifice en France : quel dispositif de sécurité ?

La période estivale rime souvent avec de multiples événements populaires : festivals, projections en plein air, compétitions sportives, sans oublier les incontournables feux d’artifice. En effet, à l’occasion du 14 juillet, près de 15 000 feux d’artifice sont tirés chaque année dans toute la France.  De vrais spectacles qui ravissent le grand public, mais aussi un vrai challenge pour les entreprises organisatrices de ces événements pyrotechniques. La mission est en effet de taille pour assurer la sécurité des spectateurs.

Bertrand Julhès, Président de l’entreprise Fêtes et Feux qui organise depuis de nombreuses années les célèbres feux d’artifice du Parc de Saint-Cloud, du Château de Versailles et de la Tour Eiffel, travaille depuis plus de 20 ans dans le secteur de la pyrotechnique. Il nous livre son éclairage sur l’importance de la sécurité dans son métier et les dispositifs de sécurité mis en place lors de ces événements.

  • Quelle place tient la sécurité lors des événements pyrotechniques ?

La sécurité tient évidemment une place primordiale dans les métiers de la pyrotechnie. Pour le grand public, les feux d’artifice sont avant tout un moment de divertissement en famille, qui fait plaisir aux petits comme aux grands. Mais ils ont tendance à oublier que pour réaliser ces spectacles, les artificiers manipulent des explosifs. De ce fait, quelle que soit la taille des feux d’artifice organisés, les professionnels de la pyrotechnie doivent toujours agir dans le souci de protéger chacun des parties de l’événement : les spectateurs, les techniciens, mais aussi le bâti autour duquel les feux sont tirés. Il s’agit d’ailleurs souvent de sites classés, et parfois fragiles.

La sécurité est donc une priorité de tous les instants : de l’installation du dispositif d’artifice plusieurs jours avant leur lancement, au moment du tir des feux, et enfin lors du démontage des installations. Il ne peut pas y avoir de feux d’artifice sans souci de sécurité, c’est l’une des conditions sine qua non pour que ce type de manifestation ait lieu. 

Il ne peut pas y avoir de feux d’artifice sans souci de sécurité, c’est l’une des conditions sine qua non pour que ce type de manifestation ait lieu. 

  • Quels sont les risques qui existent lors des tirs de feux d’artifice ?

Les risques qui existent lors de ce type d’événement ne concernent finalement pas tant le grand public, mais surtout les techniciens artificiers. Ce sont eux qui manipulent les explosifs et ils doivent être vigilants aux risques d’explosion incontrôlée lors du montage et du démontage des produits. C’est pourquoi, pour assurer la sécurité du chantier, un chef de tir inspecte les lieux au début et à la fin de la prestation, afin de détecter tous les dangers potentiels et de les signaler.

Les principaux risques auxquels nous sommes confrontés ne relèvent en revanche pas de la malveillance : il y a finalement très peu d’actions malveillantes courantes lors de ce type d’occasion, à l’exception des attaques terroristes, comme l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice. 

Finalement, les principaux risques auxquels nous devons nous préparer sont dus aux conditions météorologiques : l’orage et le vent sont les principaux ennemis des feux d’artifice. D’abord, l’orage, parce qu’il génère de l’électricité dans l’air. Or, les explosifs des feux d’artifice sont reliés à des déclencheurs électriques. Si la foudre s’abat sur le site pyrotechnique, tous les produits peuvent alors se déclencher automatiquement, aux risques et périls des techniciens présents sur place. Le vent est aussi un facteur de risque important car il peut déporter les artifices en l’air et mettre en danger le public, ou les bâtiments alentours. C’est pourquoi en cas de vent le jour J, les artificiers ont pour consigne de ne pas procéder au tir des feux d’artifice au-delà de 54 km/h, pour la sécurité de tous.

 

  • Quels sont les dispositifs de sécurité mis en place lors de ces événements ?

Tous les dispositifs de sécurité mis en place à l’occasion des feux d’artifice relèvent du principe de précaution : c’est-à-dire que toutes les mesures nécessaires et adaptées doivent être prises de manière à limiter les risques. 

Le premier dispositif mis en place est alors la définition d’un périmètre de sécurité. Ce périmètre est fixé en fonction de la portée des feux d’artifice lancés. Les artificiers — spécialement formés à ces contraintes — doivent précisément respecter les modes d’emploi indiqués sur les produits explosifs, de manière à connaître leur distance de portée et déterminer, en conséquence, un périmètre de sécurité entre le chantier de tir et le public. Dans le respect de ces préconisations produits, les techniciens doivent bien sûr mobiliser leur expérience et leur savoir-faire pour prendre la bonne décision. Par exemple, si un produit a une portée de 100 mètres à son apogée, le technicien peut apprécier si cette distance lui paraît suffisante. À défaut, il peut allonger la distance de sécurité à 130 mètres par exemple,  pour éviter tout risque. 

Tous les dispositifs de sécurité mis en place à l’occasion des feux d’artifice relèvent du principe de précaution : c’est-à-dire que toutes les mesures nécessaires et adaptées doivent être prises de manière à limiter les risques. 

Pour faire respecter ce périmètre de sécurité, des barrières sont également mises en place. Le plus souvent, il existe déjà sur les sites des barrières physiques naturelles : bâtiments, rivières, végétation…  À défaut ou pour renforcer ces limites, des barrières de police (aussi appelées barrières vauban) sont également installées. Elles sont consolidées par des agents de sécurité qui viennent garantir la sécurisation des lieux. Il peut s’agir d’agents rattachés à des entreprises de sécurité privée, ou des gendarmes et policiers, dépêchés par la préfecture locale. Ces agents assurent non seulement la sécurisation du site pyrotechnique accessible au grand public, mais aussi la sécurisation du chantier des artificiers, de manière à éviter toute intrusion indésirable.

Enfin, le dernier dispositif de sécurité tient surtout aux conditions météorologiques : si celles-ci ne sont pas idéales (orage, vent, sécheresse), le principe de précaution prévaut et l’événement peut être annulé.

  • Les mesures de sécurité ont-elles évolué ces dernières années ?

Depuis la vague d’attentats en France, et notamment depuis la tuerie de Nice le 14 juillet 2016, les préfectures sont en effet bien plus strictes concernant les conditions de sécurité des événements rassemblant de la foule, comme les feux d’artifice. Elles imposent aux sociétés organisatrices des spectacles pyrotechniques des dispositifs de sécurité bien plus importants — voire parfois démesurés — , et elles mobilisent de nombreux agents de police pour renforcer les effectifs de sécurité. Ces mesures de prévention rassurent les communes, qui se savent tenues responsables en cas d’incident, mais aussi le grand public. Problème : le coût de ces mesures est exorbitant et personne n’a les moyens de les payer. C’est pour cette raison que de nombreuses municipalités renoncent à organiser des feux d’artifice. En 2019 par exemple, le Grand Feu d’artifice de Saint-Cloud n’aura pas lieu pour la première fois depuis 10 ans, faute d’une facture trop importante pour assurer les dispositifs de sécurité.

 

 

Crédit photo : ©Goron