Montres, voitures, joaillerie, haute couture… Dans l’univers du luxe et des produits haut de gamme, chaque détail est minutieusement orchestré pour offrir une expérience unique et exclusive aux clients. La sécurité y revêt donc une importance capitale. De la protection des biens d’une valeur inestimable à celles des informations et données sensibles, en passant par la préservation de la réputation des entreprises et de l’image des boutiques, rien n’est laissé au hasard. À juste titre, car le secteur du luxe fait face à des enjeux bien spécifiques ! Quels défis doivent relever les marques et les maisons de luxe en matière de protection des biens et de cybersécurité ? Éléments de réponse.

Sécurité dans l’univers des entreprises de luxe : des enjeux particuliers

Le secteur du luxe se distingue par des besoins uniques en termes de sécurité. Au cœur de ces exigences : la nécessité absolue de discrétion des mesures de sécurisation. En effet, les maisons de luxe attachent une importance primordiale à leur image de marque, qui associe prestige, qualité et exclusivité, et dont elles dépendent fortement. Tout incident de sécurité, tel qu’un vol de données, risque de compromettre cette réputation durement acquise auprès des clients.

Les vols, notamment, préoccupent particulièrement les entreprises du secteur du luxe. La maison Balmain en a fait les frais en septembre 2023. Le butin : plus de 50 produits de collection dérobés suite à l’attaque d’un camion de transport. Une catastrophe, à quelques jours du défilé prévu en France, lors de la Paris Fashion Week. 

La protection de la propriété intellectuelle est également cruciale dans l’univers du luxe, où l’originalité et l’unicité du design des produits constituent des atouts majeurs. Les maisons de couture, de joaillerie ou d’horlogerie se doivent d’investir massivement dans des solutions et des systèmes leur permettant de préserver leurs créations des copies illégales. « Nous devons protéger la véritable créativité et l’ingéniosité des entreprises parasites dont le modèle économique repose sur le plagiat et la contrefaçon », annonçaient Chanel et Saint-Laurent en 2022, prêts à se défendre bec et ongles face à ce fléau. 

Confronté à des vols d’articles, mais aussi à des reproductions frauduleuses et à des menaces virtuelles comme la cybercriminalité, le secteur s’avère très sensible aux notions de sécurité physique et numérique. 

Nous devons protéger la véritable créativité et l’ingéniosité des entreprises parasites dont le modèle économique repose sur le plagiat et la contrefaçon.

Maison Chanel, Maison Yves Saint-Laurent, déclaration commune 2022

La nouvelle réglementation vestimentaire suscite la controverse dans le secteur du luxe

Dans le monde très exclusif du luxe et du haut de gamme, les préoccupations vont même jusqu’à concerner la garde-robe des agents de sécurité. Alors que l’entrée en vigueur de l’arrêté du 18 juillet 2023 relatif aux tenues des personnels privés de sécurité approche, les nouveaux impératifs soulèvent des discussions. 

En cause : l’uniformisation préjudiciable des vêtements de la profession d’agent de sécurité, qui deviennent plus voyants… Et donc moins discrets. Taille de police normée, insigne rétroréfléchissant, nom de l’entreprise ou logo de la société… Ces inscriptions obligatoires semblent difficilement compatibles avec la confidentialité et le raffinement associés aux établissements de luxe, qu’il s’agisse de boutiques ou même d’hôtels. 

Les marques et entreprises s’interrogent d’ores et déjà : comment apposer ces caractères imposants sur la tenue des agents de sécurité de manière esthétique, sans compromettre leur image haut de gamme ? Face à ces questionnements, il est probable que la réglementation évoluera d’ici sa mise en application au 1er octobre 2024, afin de s’adapter aux différents contextes professionnels, pour une intégration plus subtile et élégante.

Les maisons et entreprises haut de gamme face aux cybermenaces : la cybersécurité n’a rien d’un luxe !

Encore récemment, en 2023, le hacker éthique Sam Curry révélait l’existence de vulnérabilités au sein de grandes marques automobiles de luxe (Ferrari, Rolls-Royce, Porsche, Mercedes-Benz…). Si ces brèches de sécurité ont depuis été corrigées, il n’en reste pas moins que le domaine du luxe demeure particulièrement exposé aux risques d’attaques en ligne

Le secteur, très lucratif, a de quoi attirer ! Conscients de la volonté des entreprises de conserver une image immaculée, les cybercriminels jouent sur la peur de la dégradation de leur réputation pour leur extorquer de l’argent. Les attaques par ransomwares représentent ainsi la principale menace dans le luxe. 

Autre tactique employée par les pirates en ligne : l’exfiltration de données. Les portefeuilles des grands noms du luxe comptent des personnalités fortunées ou politiques. Les marques détiennent ainsi des informations personnelles de figures importantes, nécessaires pour fournir une expérience sur mesure et haut de gamme. Un vivier de données sensibles à la merci des attaquants ! 

Une fois en leur possession, ces données peuvent être revendues sur le dark web ou exploitées comme moyen de chantage en échange du paiement d’une rançon. Ces dernières années, nombreux ont été les établissements et les marques victimes de ces actes malveillants : le fabricant italien de doudounes de luxe Moncler, le constructeur Ferrari, la firme de cosmétiques Estée Lauder, ou encore la cristallerie Baccarat en septembre 2023 par exemple. 

Les entreprises du secteur sont également sujettes à une autre cybermenace : la supply chain attack. Dans cette situation, un intermédiaire de la société visée est pris pour cible afin de paralyser la chaîne d’approvisionnement. Une offensive qui risque ainsi de mettre en péril la production ou la commercialisation d’un produit de luxe. Des modes opératoires d’attaques (MOA) en hausse selon le rapport Citalid publié début 2024. 

L’étude Citalid identifie des dangers supplémentaires en matière de sécurité numérique pour les acteurs du luxe : 

  • Le cyberespionnage pour récupérer des données stratégiques à destination de la concurrence (propriété intellectuelle, clients, R&D, marketing, etc.), 
  • L’agitation et la propagande par des groupes d’activistes, et les attaques par déni de service pour des motivations politiques ou idéologiques, 
  • L’usurpation du nom des marques pour la création de domaines malveillants à des fins d’escroquerie en ligne. 

Face à ces risques, les regards des marques du luxe se tournent vers la cybersécurité. En 2022, 80 % d’entre elles auraient ainsi investi davantage pour protéger leurs systèmes informatiques, rapporte l’Usine digitale (selon Forrester Research). 

Sécurité des entreprises de luxe : des réponses spécifiques à des besoins spécifiques 

Surveillance, gardiennage, contrôle d’accès…Il est attendu des agents de sécurité des boutiques, des événements ou des établissements de luxe qu’ils remplissent tout à la fois leurs missions de sécurisation, et les attentes de clients exigeants. 

Il s’agit pratiquement d’une profession à part entière, pour laquelle une expérience solide est un atout non négligeable. 

En France, le seul prérequis pour devenir agent de sécurité dans une boutique de luxe est le même que celui nécessaire à la prise de poste dans un magasin « classique » : l’agent doit être titulaire d’une carte professionnelle, obtenue suite à une formation certifiante. Il existe toutefois des formations spécifiques à la profession d’agent de sécurité dans l’univers du luxe, et les profils sélectionnés par les sociétés et les marques du monde du haut de gamme répondent à un haut niveau d’exigence. 

Lire aussi

À deux mois de l’événement, l’organisation des JO se heurte à la réalité structurelle du secteur de la sécurité privée

Sécurité & Sûreté humaine
28 mai 2024

Ce sont pas moins de 18 000 agents de sécurité privée en moyenne qui devront être quotidiennement mobilisés pour répondre aux besoins sécuritaires des Jeux olympiques de Paris 2024. Tandis que du côté de l’organisation, on se veut publiquement rassurant, il se murmure en coulisses que le nombre requis pourrait…

L’Europe renforce son arsenal de lutte contre la criminalité environnementale

Sécurité & Sûreté humaine
14 mai 2024

Le 27 février 2024, les députés européens ont voté pour l’application d’une directive élargissant la liste des infractions environnementales et durcissant les sanctions à l’encontre de leurs auteurs. Une démarche entreprise dans le but d’enrayer la croissance de la criminalité environnementale, qui figure parmi les activités illégales les plus lucratives…