Dans plusieurs États américains, les robots de surveillance font partie du décor depuis de nombreuses années. Ces agents de sécurité d’un genre nouveau arrivent en France. Goron est la première société du secteur à déployer des robots pour ses clients. Principal atout : ils peuvent assurer la sécurité des sites 24 heures sur 24.

Aux États-Unis, des agents de sécurité pas comme les autres

Forme conique, 1,50 m environ, le regard panoramique à 360 degrés. Ces agents de sécurité n’ont pas exactement l’allure de leurs collègues en chair et en os… Et pourtant, ils les soutiennent activement dans leurs missions. 

Aux États-Unis, Knightscope, une entreprise innovante de la Silicon Valley, commercialise plusieurs robots de surveillance depuis 2015. Le modèle K5, un appareil adapté à la surveillance en intérieur et en extérieur, a déjà séduit d’immenses centres commerciaux, des complexes de loisirs, des ensembles résidentiels, des hôpitaux, des entrepôts, entreprises et campus… Et selon la société californienne, ses robots afficheraient déjà plus d’un million d’heures de surveillance au compteur. D’après elle, ils auraient permis de faire chuter les appels aux services d’urgence de 10 %, et les crimes et délits de 46 % dans les lieux où ils exercent.

Les robots de Knightscope patrouillent partout aux États-Unis.

Dans son dernier rapport d’activité, Knightscope fait état de 52 machines utilisées par 23 clients, et de 27 robots en attente d’une mise en service prochaine. Parmi les déploiements les plus récents en 2021 : un complexe de 1 000 appartements à Las Vegas, un casino à Reno dans le Nevada, un centre commercial à Stonecrest en Géorgie, un autre à Phoenix… Dans ce mall d’Arizona, qui compte dans ses rangs un robot depuis avril dernier, il est présenté comme un outil « moderne, une ressource automatisée qui renforce notre équipe de sécurité ». 

Caméras embarquées et alertes en temps réel

L’enjeu est là : être les yeux et les oreilles des agents qui ne peuvent pas patrouiller en continu, 24 heures/24, 7 jours sur 7 et 365 jours par an. 

Ainsi, les robots de surveillance, qui voient de jour comme de nuit, réalisent des patrouilles en toute autonomie, en intérieur comme en extérieur, et même par temps de pluie ! Plusieurs caméras intelligentes embarquées, visuelles, thermiques et sonores, détectent les anomalies. Des individus dans des lieux à l’accès restreint et à des heures inhabituelles, des plaques d’immatriculation de personnes non autorisées, des bruits suspects, une température inquiétante… Autant de situations qui peuvent générer des alertes en temps réel pour accélérer les interventions.

Aux États-Unis, les robots de surveillance sont appelés à la rescousse pour faire face à un accroissement de la population. Mais en France, le contexte est tout autre.

En France, faire face au mal chronique du manque de main-d’œuvre 

Le secteur de la sécurité privée souffre effectivement depuis plusieurs années du mal chronique du manque d’effectifs. Alors que les besoins sont là, les rangs des volontaires sont de plus en plus clairsemés. Et les turbulences induites par la crise sanitaire ont accentué le phénomène. 

Les fermetures successives d’établissements « non essentiels » et le « stop and go » dans l’événementiel et la culture n’ont pas joué en faveur de l’emploi. Dans un rapport de juin 2021, le GES (groupement des entreprises de la sécurité) faisait état d’une baisse de 3 % des effectifs entre le 1er et le 3e trimestre 2020. Le contrôle du pass sanitaire n’a ensuite pas arrangé les choses.

Difficile de maintenir l’attractivité d’un secteur qui subit des baisses d’activité régulières depuis mars 2020. Les derniers chiffres de l’Insee le prouvent. En 2020, le chiffre d’affaires du secteur de la sécurité privée baisse de 3,1 % par rapport à 2019.

Au premier semestre de 2021, il demeure en baisse par rapport à 2019 (– 4,9 %). Selon les analystes de l’Insee, « depuis mars 2020, l’activité de la sécurité privée a notamment pâti de la fermeture des commerces non essentiels durant les trois confinements, du report et de l’annulation de foires et de salons, de l’annulation d’événements culturels et sportifs ainsi que de la réduction du trafic aérien ». 

Le premier robot 100 % tricolore qui patrouille dans les sites sensibles

Les 12 000 entreprises du secteur tentent, tant bien que mal, de composer avec le manque de main-d’œuvre. Et certaines d’entre elles n’hésitent pas à se tourner du côté des technologies innovantes. C’est le cas de Goron, première en France à tenter l’expérience. 

En novembre 2021, la société spécialisée dans la sécurité privée a annoncé avoir intégré un robot de surveillance automatisé à ses prestations. GR100 – c’est son nom – est pour l’heure déployé dans des sites industriels et « stratégiques ». Il exerce généralement en l’absence des agents de sécurité. 

Les robots de surveillance de la société Goron
Les robots de la société Goron patrouillent sur plusieurs sites sensibles.

Sa mission : inspecter les sites, y détecter la présence d’intrus, de véhicules suspects, la survenue d’événements anormaux et d’anomalies métiers grâce à ses caméras et capteurs intelligents. Levées de doute et alertes rapides à la clé. Lesquelles peuvent être directement envoyées à plusieurs destinataires en même temps, sur smartphone, ou dans un centre de supervision sur ou hors site.

En novembre 2021, GR100 avait déjà parcouru 7 300 kilomètres sur des sites clients de Goron. Mais d’où vient GR100 ? Il est tout droit sorti des services R&D et ateliers d’une entreprise bordelaise, Running Brains, fabricant de ce premier robot de surveillance autonome totalement made in France

Une réponse innovante aux enjeux du secteur

Running Brains, sur son site web, y voit le bénéfice d’un ROI (retour sur investissement, NDLR) « maximisé ». L’occasion pour les entreprises « d’améliorer la sécurité des sites tout en réduisant les coûts d’intervention et d’astreinte ».

Le robot est un outil idéal et une solution d’avenir, utilisée seule ou en complément d’autres dispositifs pour construire et optimiser la sécurité des sites les plus étendus.

Groupe Goron

Goron, de son côté, considère que les robots automatisés représentent « un choix qui sera décisif pour répondre aux enjeux de la sécurité de demain ». « Le robot complète parfaitement les missions des agents, puisqu’il peut intervenir 24 heures sur 24, de façon continue ou non et, par tous les temps. C’est un outil idéal et une solution d’avenir, utilisée seule ou en complément d’autres dispositifs pour construire et optimiser la sécurité des sites les plus étendus », estime également la société Goron, qui va déployer d’autres robots courant 2022. Une flotte singulière, qui n’a sans doute pas fini de faire parler d’elle !

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