C’est peu dire que la pandémie de Covid-19 aura marqué durablement le secteur de la sécurité privée en Europe. Plus d’un an et demi après le début de la crise sanitaire, l’heure est au bilan pour les entreprises du secteur. Elles semblent osciller entre bonnes et mauvaises nouvelles pour l’avenir, tout en demandant des actes forts aux autorités. Éclairage.

Le concert de louanges est sans commune mesure. Partout en Europe, les autorités ont vanté les mérites des services de sécurité privée pour leur professionnalisme et leur efficacité aux pires heures de la pandémie de coronavirus. Au Portugal, le chef de la police nationale remerciait ainsi les agents de sécurité privée d’être restés « en première ligne malgré les circonstances difficiles ». En France, « le gouvernement est reconnaissant du travail et du dévouement des personnels de la sécurité privée », annonçait le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire dans une réponse écrite à une sénatrice, en août 2020. Même son de cloche en Espagne et en Belgique. Partout en Europe, la reconnaissance est bien là, mais le bilan n’est pas rose pour autant. La Confédération européenne des services de sécurité (CoESS) a publié un rapport dressant un premier bilan de la situation pour les entreprises du secteur. Pour l’organisme européen, la pandémie a ainsi accentué les grandes tendances déjà à l’œuvre dans la sécurité privée. En bien, comme en mal.

Vers un véritable continuum de sécurité après la crise ? 

Premier constat du CoESS : le secteur semble jouir d’une reconnaissance nouvelle de la part des autorités des États européens. Reconnaissance qui se traduit concrètement par la mise en place de davantage de coopérations et de passerelles pour établir un véritable continuum de sécurité entre forces de sécurité publique et privée. Cette tendance était déjà à l’œuvre avant la crise, selon les expertes et les experts du CoESS, mais accélérée par le rôle prépondérant joué par les agents aux pires heures de la pandémie. 

En France, en mai 2021, la mission d’information relative aux enjeux économiques de la sécurité privée de l’Assemblée nationale rendait un rapport attendu. Parmi les nombreuses propositions des deux rapporteurs de La République en Marche et de Les Républicains, celle d’impliquer davantage les agents de sécurité privée dans certaines missions assurées par les forces de l’ordre, comme la protection des personnalités. Une proposition d’autant plus pertinente depuis la crise sanitaire, selon les rapporteurs : « Il en va de même pour certaines des missions mises en œuvre dans le cadre de la crise sanitaire par les forces de police, sur lesquelles une réflexion pourrait être utile. En situation d’urgence, il est indispensable d’être en capacité de pouvoir mobiliser les forces disponibles de façon efficace et rapide dans leurs missions respectives ». En bref, le continuum de sécurité devient un levier indispensable pour améliorer l’efficacité de la police et de la gendarmerie en cas de crise, puisque les agents de sécurité privée peuvent les décharger de certaines missions. 

La mission d’information de l’Assemblée nationale veut renforcer le continuum de sécurité, après la crise sanitaire

Des mauvaises pratiques accentuées

Derrière cette reconnaissance de la sécurité privée se cachent pourtant des pratiques qui ont mis les entreprises du secteur en danger. Ainsi, en avril 2020, quelques semaines après le début de la crise sanitaire en Europe, la moitié des entreprises membres du CoESS avouaient être victimes de mauvaises pratiques de la part des acheteurs publics comme privés : mise à l’arrêt des services sans concertation, suspension unilatérale des paiements, baisse forcée des prix… 

De telles pratiques ont de quoi inquiéter, à l’heure où les finances des entreprises du secteur ont été largement mises à mal par la crise. Par exemple, selon le CoESS, les sociétés de transport de fonds, de sécurité aéroportuaire et de sécurité événementielle ont subi une perte de chiffre d’affaires allant jusqu’à 85 % !

2021 : un secteur sur le qui-vive

Face à ces enjeux de stabilité financière et de continuum de sécurité, les acteurs européens de la sécurité attendent désormais des actions fortes de la part des États. « Il est temps d’agir ! », martèle Catherine Piana, directrice générale du CoESS dans le rapport de l’organisation. 

Il est temps d’agir !

Catherine Piana, directrice générale du CoESS

Le CoESS en appelle à la Commission européenne pour définir des règles contractuelles claires pour les entreprises de sécurité privée des États membres. Objectif : mettre fin à certaines pratiques abusives qui ont accentué les difficultés des sociétés de sécurité privée en 2020. 

En France, la FFSP (Fédération française de sécurité privée) plaide, quant à elle, pour un renforcement du continuum de sécurité avec un organisme de coordination dédié. « Selon nous, la volonté d’instaurer une sécurité globale devrait se traduire par la constitution d’un organe central de concertation, réunissant tous les acteurs de la sécurité intérieure : police nationale, gendarmerie nationale, polices municipales et intercommunales, douanes, sécurité civile et sécurité privée. Cette instance serait chargée de définir une doctrine d’emploi précisant les périmètres et les missions de chaque acteur », annonçait ainsi l’organisation, fin 2020 en réaction au projet de loi Sécurité globale. Après la crise qui a accéléré les tendances à l’œuvre, les représentants du secteur en appellent ainsi aux États pour passer véritablement aux actes. Affaire à suivre.

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