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Portrait de décideur : Patrick de La Guéronnière, Directeur Sûreté d’Ingka Centres Holding B. V. – filiale du Groupe IKEA

Portrait de décideur : Patrick de La Guéronnière, Directeur Sûreté et Sécurité de Ingka Centres Holding B. V., entité IKEA – RNMPS

Rendre Notre Monde + Sûr poursuit sa série “Portraits” pour aller à la rencontre des experts et décideurs qui travaillent dans le domaine de la sûreté et de la sécurité privée.

Dans ce troisième volet, nous vous invitons à découvrir le parcours de Patrick de La Guéronnière, Directeur Sûreté et Sécurité d’Ingka Centres Holding B. V., entité du géant suédois IKEA.

Spécialiste de la sécurité – sûreté des entreprises, ce professionnel a grimpé les échelons dans son domaine depuis plus de 30 ans. Passionné par son métier, il partage avec nous son parcours, ses valeurs fortes dans le travail, mais aussi sa vision : les directeurs sécurité – sûreté doivent continuellement renforcer et élargir leurs compétences pour remplir les attentes des entreprises, et de plus en plus s’orienter vers l’intégration de la Compliance dans leur scope.

Portrait de décideur : Patrick de La Guéronnière, Directeur Sûreté et Sécurité de Ingka Centres Holding B. V., entité IKEA – RNMPS

  • Quelles sont actuellement vos missions au sein du groupe Ingka Centres ?

Depuis mai 2017, j’occupe le poste de Directeur Sûreté et Sécurité au sein de l’entité Ingka Centres Holding B. V., qui fait partie du groupe IKEA. Je suis chargé de définir la feuille de route et d’organiser la sûreté et la sécurité de l’ensemble des centres commerciaux de la filiale à travers le monde : cela comprend 46 centres commerciaux différents, répartis dans toute l’Europe, en Chine et en Russie.

Concrètement, mes missions couvrent quatre grands aspects. D’une part, la partie “Sécurité”, qui prend en compte la prévention des atteintes à nos centres commerciaux (incendie, risque naturel, …) mais aussi l’amélioration de la santé et des conditions de travail de nos collaborateurs. D’autre part, une partie “Sûreté”, qui englobe la prévention des crimes et menaces pouvant toucher notre entreprise (fraudes, terrorisme, sabotage, incendie volontaire). Une troisième partie concerne également les investigations, qu’elles soient liées à des non-respects de notre code de conduite interne, ou à des comportements criminels (corruption, conflit d’intérêt). Enfin, la dernière partie de mon travail couvre la partie gestion de crise.

Pour remplir cette mission, je suis basé aux Pays-Bas depuis 2017. J’ai rejoint le groupe IKEA France en 2013 et je garde un souvenir très « intense » de mon arrivée dans cette entreprise. A l’époque, le groupe venait de vivre “l’affaire IKEA”. Arriver après cette crise a été une expérience très enrichissante pour moi. Pour la première fois, j’ai eu l’occasion d’accompagner une entreprise dans sa stratégie sécurité – sûreté alors qu’elle était sous enquête judiciaire. Le défi était important : il a fallu réorganiser le Departement « Risk » et sa stratégie, définir une nouvelle feuille de route claire, et notamment créer un code de déontologie pour les collaborateurs de la filière « Sécurité – Sûreté », afin d’aider l’entreprise à retrouver toute sa transparence et son éthique.

 

  • Comment s’est déroulée votre progression dans les métiers de la sécurité ?

Après une formation en gestion et finance à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, j’ai débuté ma carrière dans le secteur de la sécurité fin 1987 — un peu par hasard — comme agent de sécurité sur les sites diplomatiques américains à Paris, pour une grande société de gardiennage (qui n’existe plus aujourd’hui). Puis, je suis entré à la FNAC fin 1991 en tant qu’Inspecteur de sécurité interne et j’y ai évolué progressivement jusqu’à la fonction de Directeur Prévention des risques du groupe. Après 21 ans passés dans cette entreprise, j’ai eu le besoin de continuer à apprendre. C’est ainsi que j’ai rejoint IKEA France en 2013 et cela a été une expérience très riche.  J’ai souhaité élargir mes compétences jusqu’ici dédiées au secteur “magasins” en me tournant vers la sécurité – sûreté des centres commerciaux. Ces missions font partie de la même grande famille d’activité, mais elles sont en réalité différentes et complémentaires. C’est ainsi que j’ai rejoint Ingka Centres Holding B. V. en 2017 et cela a été une très belle rencontre, avec une formidable équipe multiculturelle.

De mon côté, j’ai toujours été loyal envers ceux qui m’ont fait confiance et envers les entreprises avec lesquelles j’ai travaillé, avec une volonté forte de m’engager pour mon travail. 

D’une manière générale, les relations humaines ont été essentielles pour me permettre d’avancer. Certaines personnes m’ont fait confiance, elles m’ont confié des responsabilités et m’ont permis d’avancer. De mon côté, j’ai toujours été loyal envers ceux qui m’ont fait confiance et envers les entreprises avec lesquelles j’ai travaillé, avec une volonté forte de m’engager pour mon travail, de grandir et de progresser jusqu’à atteindre mes objectifs. Chaque nouvelle étape impose une prise de risques et une remise en question de soi, mais c’est un juste équilibre à trouver pour apprendre et élargir ses compétences. Dans la vie, je suis convaincu que nous nous créons nos propres opportunités.

 

  •  Quels sont selon vous les principaux défis des directeurs sûreté de grands groupes aujourd’hui ?

D’après moi, l’un des principaux enjeux du métier du directeur sécurité – sûreté est la capacité à avoir une vision globale des risques de son entreprise. On peut comparer ce rôle à celui d’un médecin généraliste qui doit avoir des connaissances générales pour orienter ses patients vers le bon spécialiste. C’est le même principe pour un directeur sûreté : il doit avoir une approche globale de l’entreprise pour être en mesure d’évaluer tous les impacts d’un incident. Et pour aller plus loin, je suis convaincu que les aspects « Compliance » doivent également s’intégrer dans le scope des Directions Sécurité – Sûreté. C’est pour moi incontournable.    

Aussi, les directeurs sécurité – sûreté ont selon moi un autre challenge : celui de comprendre le vocable financier de leur entreprise. Dans les métiers de la sécurité, les enjeux financiers sont encore assez mal maîtrisés et les professionnels intègrent pas ou peu cet aspect dans leurs stratégies. Pourtant, pour un directeur sécurité – sûreté, maîtriser le vocable financier de son entreprise est le meilleur moyen de se faire comprendre : il peut proposer des arguments non seulement qualitatifs, mais aussi économiques à la direction, afin de légitimer la mise en place de tel ou tel plan de sécurité. Pour ma part, ma formation en finance m’a souvent été très utile pour démontrer la pertinence financière de certaines propositions. Les directeurs ont donc tout intérêt à progresser dans ce sens.

Pour un directeur sécurité – sûreté, maîtriser le vocable financier de son entreprise est le meilleur moyen de se faire comprendre.

Enfin, un autre défi : aujourd’hui, je remarque que peu de directeurs sont capables de travailler en anglais. C’est l’une des principales faiblesses du marché français. Dans un monde où toutes les entreprises sont amenées à avoir des contacts à l’international, il est impensable de ne pas mieux se préparer à travailler à ou avec l’étranger, et notamment avec des partenaires anglophones. C’est pour moi l’un des véritables progrès à opérer : si dans les prochaines années, nos directeurs sûreté ne sont pas capables de travailler en anglais, on pourra leur préférer des collaborateurs étrangers anglophones.

Si dans les prochaines années, nos directeurs sûreté ne sont pas capables de travailler en anglais, on pourra leur préférer des collaborateurs étrangers anglophones.

 

  • Quelles sont les valeurs que vous valorisez aujourd’hui dans votre travail ?

Dans la vie comme dans le travail, je considère que l’on peut beaucoup apprendre de l’autre, de ses collaborateurs et ce, tout au long de sa carrière. Après avoir longtemps pris principalement mon plaisir à la réussite de sujets plutôt techniques, j’ai peu à peu découvert ma vraie source de plaisir professionnelle : développer et faire grandir les équipes avec lesquelles on travaille. Accompagner un collaborateur dans son évolution est extrêmement gratifiant et est devenu une sorte de révélation. Depuis une dizaine d’années, j’ai désormais beaucoup plus de satisfaction à faire travailler les équipes ensemble, à comprendre nos différences pour qu’elles nous enrichissent au lieu de nous éloigner, et à construire des relations saines, solides et de confiance avec mes équipes. C’est notamment vrai lorsque je partage avec mes collaborateurs basés en Suède, en Espagne, en Chine, en Italie, en Suisse, en République Tchèque ou encore en Russie. Je souhaite à chaque fois  comprendre leur façon de travailler, qui est parfois bien différente de notre approche franco-française. J’ai une réelle envie de travailler avec les autres et de m’entourer de personnes qui cherchent toujours à évoluer, à sortir de leur zone de confort. D’ailleurs, il ne faut pas avoir peur de recruter un meilleur profil que soi, c’est une bonne manière de se challenger et de faire avancer son entreprise. Moi-même, je veux rester un éternel étudiant dans l’âme : je pense que l’on n’a jamais fini d’apprendre.

J’ai peu à peu découvert ma vraie source de plaisir professionnelle : développer et faire grandir les équipes avec lesquelles on travaille.

* Patrick de La Guéronnière a également été Président du Club Agora des directeurs sécurité Paris durant six ans, ainsi qu’au niveau national.

 

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