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Portrait de décideur : Claire Niclause, Responsable de la sécurité privée à la RATP

Portrait de décideur : Claire Niclause, Responsable sécurité privée à la RATP – RNMPS

Rendre Notre Monde + Sûr lance une nouvelle série “Portrait de décideur” pour aller à la rencontre des experts et responsables qui travaillent dans le domaine de la sûreté et de la sécurité.

Dans ce premier volet, nous vous proposons de découvrir le parcours de Claire Niclause, Responsable de l’Unité Sécurité Privée au Département Sûreté de la RATP. Confrontée chaque jour aux problématiques de sécurisation des foules dans les transports publics, cette professionnelle partage les expériences marquantes de sa carrière et sa vision des enjeux actuels du secteur. Elle nous livre également son souhait d’encourager encore davantage la place des femmes dans la sécurité, et celui de voir grandir le rôle des sociétés privées dans le continuum de sécurité.

Portrait de décideurs : Claire Niclause, Responsable sécurité privée à la RATP – RNMPS

  • Pouvez-vous nous parler de votre poste et de vos missions actuelles au sein du groupe RATP ?

Je suis Responsable de l’Unité Sécurité Privée au sein du Département Sûreté de la RATP. Cela fait trois ans que j’occupe ce poste.

La RATP possède son propre service interne de sécurité : le Groupe de Protection et de Sécurité des Réseaux (GPSR). Ce service est chargé de protéger, d’assister et de sécuriser les voyageurs et le personnel sur l’ensemble des réseaux de transport : bus, métro, RER, tramways. Depuis quelques années, la RATP doit être de plus en plus vigilante pour faire face à l’évolution et à l’accroissement des menaces qui pèsent sur la sécurité des personnes. En complément de l’action des unités du GSPR, nous faisons appel à des sociétés de sécurité privée, notamment en cas d’évènements particuliers ou de dispositifs concertés avec les forces de l’ordre (jour de l’an, fête de la musique par exemple). Mon travail consiste à coordonner et à contrôler le recours à ces sociétés de sécurité privée. En partenariat avec mes collègues spécialistes des problématiques bus, métro ou RER, j’ai également un rôle de prescripteur pour définir dans les cahiers des charges les besoins de de la RATP, en termes de recours aux sociétés privées de sécurité. C’est un véritable poste de donneur d’ordre qui passe également par la mise en place de consignes, la définition de périmètres d’intervention et l’application de contrôles.

  • Quelles sont les expériences qui ont marqué votre parcours ?

J’ai commencé à travailler dans le secteur des transports publics dès mon premier emploi. Depuis, j’ai eu la chance d’évoluer à des postes très différents et tous enrichissants à leur manière. Je pense tout de même que trois éléments phares ont particulièrement jalonné mon parcours professionnel.

D’abord, j’ai eu l’opportunité de rencontrer et de travailler avec d’excellents managers. Ces professionnels ont été très importants pour moi à deux égards. D’une part, ils m’ont enseigné leurs capacités managériales et avec cela, le souci de transmettre aux collaborateurs l’envie de travailler et de donner le meilleur d’eux-mêmes. Cet encadrement a été essentiel pour devenir à mon tour, je l’espère, une manager efficace. D’autre part, — et ce qui est primordial pour moi — ces managers m’ont accordé leur confiance. Ils m’ont offert la possibilité de faire mes preuves et de progresser dans différentes fonctions. C’est par exemple grâce à la confiance de mon manager que j’ai été nommée Directrice des affaires européennes et internationales à l’Institut de Recherche sur les Transports et leur Sécurité (INRETS).

Je pense que pour être efficace et pertinent dans sa réflexion et ses décisions, il faut avant tout écouter, observer et comprendre comment les gens travaillent sur le terrain.

Après plusieurs années passées dans la recherche et la stratégie à l’échelle internationale, j’ai ensuite eu l’occasion de travailler sur des problématiques plus opérationnelles grâce à mon poste de Directrice de la filiale EMServices et de Directrice de la Gare routière de Rennes, filiales du groupe RATP. Cette expérience a pour moi été très importante car j’ai été confrontée à des problématiques et à des activités opérationnelles très concrètes. Or, je pense que pour être efficace et pertinente dans sa réflexion et dans ses décisions, il faut écouter, observer et comprendre comment les gens travaillent sur le terrain. C’est du terrain que viennent souvent les bonnes idées. Ce poste a donc été une véritable plus-value pour compléter mes connaissances stratégiques du secteur par une expérience très opérationnelle.

J’ai décidé de suivre la formation d’Agent de Sécurité.

Plus récemment, lors de mon arrivée à mon poste actuel, j’ai décidé de suivre la formation d’Agent de Sécurité. Cela a surpris certains car je n’ai pas vraiment le profil type d’un agent de sécurité. J’ai suivi le même cursus de formation que les futurs agents de sécurité et j’ai pu échanger avec eux. Cela a été une expérience humaine très enrichissante et très utile. Je pense que cela m’a notamment permis d’être plus précise dans les consignes et les règles de fonctionnement que je mets en place auprès des agents de sécurité privée avec lesquels nous travaillons. Connaître le contenu de cette formation m’a aussi permis d’être plus efficace dans mes décisions et de gagner une certaine légitimité.

  • Le fait d’être une femme dans un secteur aux effectifs encore en majorité masculins change-t-il quelque chose ?

Ce qui est certain, c’est que cela n’est pas neutre. Dans le secteur des transports publics comme dans celui de la sécurité, on compte encore malheureusement trop peu de femmes. Encore moins à des postes à responsabilités. Les a priori sont tenaces : souvent dans les réunions, mes interlocuteurs ont encore tendance à s’adresser d’abord à mes collaborateurs masculins, même si cela est souvent fait de manière inconsciente. En tant que femme dans ce secteur, on doit prouver deux fois plus ses compétences. C’est peut-être pour cette raison que lorsque j’ai l’occasion de rencontrer des femmes dans ce domaine, je remarque que ce sont toujours des professionnelles de grande qualité.

Lorsque j’ai l’occasion de rencontrer des femmes dans ce domaine, je remarque que ce sont toujours des professionnelles de grande qualité.

A mon sens, il est essentiel dans nos métiers d’avoir une parité pour plus d’efficacité. Les femmes et les hommes ont une manière de traiter les problématiques, de comprendre les situations ou encore de désamorcer les tensions qui est différente, mais tout à fait complémentaire. Cette complémentarité est de mon point de vue une véritable valeur ajoutée pour la profession.

D’ailleurs, je tiens à vous parler du Club des Femmes dans la Sécurité. Ce groupe — créé par l’Anitec (Alliance nationale des intégrateurs de Technologies) et dont je fais partie — a vocation à mettre en relation des professionnelles de la sécurité, afin qu’elles échangent sur leurs opportunités, leurs parcours et leurs métiers. Depuis peu, il y a une vraie prise de conscience au sujet de la féminisation du secteur de la sécurité et nous souhaitons montrer aux femmes — et tout particulièrement aux jeunes femmes — qu’elles peuvent accéder aux métiers de notre secteur. Nous sommes d’ailleurs en pleine campagne de recrutement pour des agents du GPSR et nous encourageons les femmes à se présenter. Le chemin à parcourir pour déconstruire les clichés est encore long mais les choses évoluent dans le bon sens !

  • D’après vous, quels sont les grands enjeux actuels de la sécurité dans les transports ?

Je travaille depuis plus de 20 ans dans le domaine des transports publics et dans mon poste actuel, je suis confrontée chaque jour aux problématiques de sûreté. Notre priorité est d’assurer le déplacement de nos clients dans la plus grande sécurité possible. Nous devons gérer les actes de malveillance (dégradation des équipements du réseau, tags, etc), les risques d’intrusion ou encore le traitement des objets abandonnés. Nous devons également être très vigilants face à la menace terroriste. Faire face à ces enjeux de sécurisation dans les transports publics est une mission très complexe : il faut à la fois sécuriser des lieux ouverts et fermés au public, des sites fixes mais aussi des entités mobiles (bus, tramways), en surface et en souterrain (métro, RER). Pour relever ce challenge, notre problématique principale est la gestion des foules : on compte 12 millions de voyages effectués chaque jour sur le réseau de la RATP, et 3,5 milliards de voyages par an. Le moindre problème impacte des milliers de personnes… Bien sûr le risque zéro n’existe pas. Mais nous nous efforçons de mettre en place des dispositifs complets qui font intervenir, au-delà des professionnels de la sûreté, de multiples acteurs de terrain comme les agents de station ou ceux en charge de la maintenance par exemple.

Notre problématique principale est la gestion des foules : on compte 12 millions de voyages effectués chaque jour sur le réseau de la RATP, et 3,5 milliards de voyages par an.

Quant aux enjeux actuels de la sécurité privée de manière plus globale, je dirais qu’un intérêt particulier doit être accordé à la collaboration entre les forces de l’ordre, les services de sécurité internes des entreprises — comme celui de la RATP — , et les sociétés de sécurité privée. Il y a là un continuum naturel, avec des effectifs aux compétences et aux prérogatives graduées : il me paraît donc important d’arriver à structurer la place de chacun ainsi que les interfaces. Aussi, pour impulser encore leur place dans le continuum de sécurité dont il est question aujourd’hui, les sociétés de sécurité privée doivent se saisir d’un véritable rôle de conseil afin de partager leur expertise et proposer les meilleures solutions. Et pour mettre en œuvre ces dernières, l’amélioration de la formation des agents est un enjeu primordial. En tant que responsable, c’est ce que j’attends réellement de ces entreprises, notamment au vu des prochains grands événements qui nous attendent, comme les Jeux Olympiques de 2024 à Paris. Cela va représenter beaucoup de travail –  très stimulant intellectuellement !

Pour impulser encore leur place dans le continuum de sécurité dont il est question aujourd’hui, les sociétés de sécurité privée doivent se saisir d’un véritable rôle de conseil afin de partager leur expertise et proposer les meilleures solutions.