Alors que le trafic aérien reprend enfin ses droits, les aéroports font face à une pénurie de personnel. Depuis le printemps, les vols et la demande bondissent mais les employés manquent. On assiste donc dans l’aérien à un sérieux engorgement. Au programme : files d’attente et retards pour les passagers. Comment expliquer cette situation ? Pourquoi le secteur de l’aérien ne parvient-t-il pas à recruter ? Explications.

Après le Covid-19, l’heure est aux départs 

Si le secteur de l’aérien a été plus que ralenti ces deux dernières années, la tendance semble s’inverser depuis la fin des restrictions sanitaires. En effet, Eurocontrol, l’organisme de surveillance du trafic aérien européen, a recensé fin avril un taux de vols équivalant à 83% par rapport à la même période de 2019. Et cette hausse du trafic aérien devrait se poursuivre cet été. L’organisme prévoit effectivement que le nombre de vols atteindra même 95 % par rapport à 2019. 

Le Groupe ADP, anciennement Aéroports de Paris, a également relevé cette hausse de voyageurs. Selon ses chiffres, le nombre de passagers aurait triplé durant le premier trimestre 2022 : 14,6 millions de passagers sont passés par les deux aéroports parisiens (Paris-Orly et Paris-Charles-de-Gaulle), contre 4,7 millions à la même période l’année dernière. 

En Europe, cette hausse soudaine s’explique sans doute par la fin des restrictions liées à la pandémie mondiale. Après deux années durant lesquelles les vols ont été très limités, les populations ont de plus en plus envie de recommencer à voyager. Si bien que ces envies semblent plus fortes que prévu. Thomas Juin, le président de l’Union des aéroports français, a d’ailleurs confié à Ouest-France : « les prévisionnistes ne s’attendaient pas à une reprise du trafic aérien si forte ». 

Cette hausse de la demande aurait dû être une bonne nouvelle pour le secteur de l’aérien, mais c’était sans compter sur la mauvaise anticipation de ce retour à la « normale ». Manque de personnel, suppression de postes, recrutement compliqué… Les aéroports ont du mal à suivre la reprise du trafic. 

Une demande en hausse, mais du personnel en moins 

Le nombre de salariés des aéroports a fortement diminué avec le Covid-19. En 2020, le trafic aérien mondial est tombé à un tiers de celui de l’année précédente. Cette réduction des vols a fait chuter les effectifs. Par exemple, le groupe Air France-KLM s’est vu supprimer respectivement 8 500 postes et 5 500 postes. En ce qui concerne les aéroports parisiens, différents accords d’entreprise ont conduit au départ de plus de 1 300 salariés. 

Les départs et les licenciements de l’époque entraînent aujourd’hui une pénurie de personnel. Thomas Juin, président de l’Union des aéroports français, a expliqué à Ouest-France que, depuis 2020, les aéroports ont perdu 15 à 20 % de leur personnel. Les professions les plus touchées par ces départs sont représentés par le personnel au sol, soit les agents d’accueil, les bagagistes et les agents de sûreté. 

Thomas Juin, président de l’Union des aéroports français, a expliqué à Ouest-France que, depuis 2020, les aéroports ont perdu 15 à 20 % de leur personnel.

Vers un engorgement des aéroports ? 

Le manque de personnel entraîne de longues files d’attentes et de nombreux retards de passagers, qui ne peuvent pas passer les portiques de sécurité et s’enregistrer. Récemment, l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol a dû faire face à ce manque de main d’œuvre. En effet, lors du week-end du 1er mai, en raison d’un manque de personnels de sécurité, des files d’attente s’étiraient jusqu’à l’extérieur du bâtiment. Submergés par cette forte affluence, des vols ont dû être annulés par la compagnie nationale KLM. 

Le cas d’Amsterdam-Schiphol n’est pas une situation isolée. Plusieurs aéroports britanniques ont également dû prendre en charge ces mêmes files d’attente interminables à Pâques. Pour les aéroports parisiens, notamment celui de Paris-Orly, la directrice de l’aéroport a annoncé que « les capacités de l’aéroport ne sont pas débordées mais déjà sous tension ».

En France, ce sous-effectif, ajouté à la baisse des salaires, a conduit à un mouvement de grève à l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle. Un quart des vols ont alors été annulés le 9 juin. Le personnel dénonce leurs conditions de travail éprouvantes, pour cause la pénurie de salariés. Si ces grèves se poursuivent, couplées aux difficultés actuelles, les aéroports parisiens risquent d’être engorgés pour l’été. 

Et le recrutement ?

Il semble urgent pour les aéroports européens de recruter. Le PDG d’Aéroports de Paris, Augustin Romanet, a annoncé que 4 000 postes sont à pourvoir sur les sites d’Orly et de Roissy. Ces offres concernent principalement l’accueil et la sûreté aéroportuaire. L’aéroport de Londres Heathrow a également prévu de recruter 12 000 personnes pour l’été. 

Malgré ces campagnes de recrutement, le secteur de l’aérien peine à recruter. Les conditions de travail sont pointées du doigt par Thomas Juin. Il a précisé à Franceinfo que les métiers en aéroports – principalement les agents de sûreté et les assistants en escale – ne sont plus suffisamment attractifs, pour cause ces agents « doivent en effet travailler le week-end, en heures décalées ». Difficultés de recrutement, manque d’attractivité, pénurie de personnel : autant de raisons qui annoncent un été sous tension pour les aéroports et les compagnies aériennes. 

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