Abonnez-vous à notre
Newsletter

Comment l’AN2V s’attaque aux défis de la vidéoprotection

Analyste devant des écrans d'ordinateur

Depuis 2004, l’Association nationale de vidéoprotection (AN2V) réunit les acteurs du secteur en France autour des grands enjeux de la téléprotection. Objectif : confronter les points de vue, mutualiser les bonnes pratiques et informer les acteurs du secteur de la sécurité. Fracture territoriale, terrorisme, continuum de sécurité… Dominique Legrand, le président de l’AN2V, nous détaille les grands chantiers de la vidéoprotection pour les années à venir.

Début des années 2000. Une technologie apparaît discrètement dans le monde de la sécurité : les caméras IP, des caméras de sécurité connectées en réseau. Les premiers exemplaires sont installés dans les villes françaises. Une technologie qui intrigue Dominique Legrand, alors dirigeant d’un bureau d’étude spécialisé dans le déploiement d’architectures IP. « En 2004, j’ai commencé à m’intéresser à la question de la définition de cette technologie et des cahiers des charges pour leur mise en place dans les espaces publics. Lorsque j’ai posé la question à la place Beauvau [le ministère de l’Intérieur, ndlr], on m’a répondu que rien n’était en place. Chaque maire faisait comme il le voulait. Cela a été la douche froide pour moi ! », se souvient-il. Loin de se laisser abattre, l’expert décide de réunir les acteurs de la vidéoprotection pour engager les premières réflexions et mutualiser les retours d’expérience des premières villes. L’Association nationale de vidéoprotection (AN2V) est née.

Tous mobilisés pour partager les bonnes pratiques de vidéoprotection

Le think tank a fait du chemin depuis 2004. Aujourd’hui, il inclut plus de 140 membres (constructeurs, distributeurs, etc.) et 2 000 utilisateurs finaux (collectivités et entreprises). « L’ambition est claire : il s’agit de créer des échanges pour faciliter le travail des décideurs, savoir ce qui a fonctionné et surtout ce qui n’a pas fonctionné. Pour cela, nous confrontons les idées et les points de vue des trois piliers de la vidéoprotection : les fabricants, les clients et l’État », poursuit Dominique Legrand.

chiffres clés de l'AN2V

C’est que le défi est immense selon le président de l’AN2V. Les questions techniques ont certes été surmontées depuis plusieurs années : miniaturisation, qualité des images intelligence artificielle, réseaux haut débit… les caméras savent désormais tout faire. Reste toutefois maintenant à organiser la filière pour que le déploiement et les processus soient à la hauteur de l’enjeu sécuritaire. « Nous avons toutes les briques techniques à disposition mais nous ne savons pas forcément les utiliser à bon escient par manque d’organisation. Des caméras mal positionnées, des images de trop faible résolution ou trop sombres, inexploitables pour les forces de police… les écueils sont nombreux », déplore Dominique Legrand. 

Contre la fracture de sûreté

Grâce à de nombreuses rencontres, groupes de travail, réunions et formations, l’association entend donc mettre un peu d’ordre et encourager la réussite des projets, notamment pour réduire la fracture technologique. « Actuellement, une petite commune a du mal à développer la vidéoprotection. Manque voire absence d’opérateurs, d’infrastructure et de temps… ces collectivités sont exclues du monde de la vidéoprotection. On peut vraiment parler d’une fracture de sûreté. Tout l’enjeu de l’AN2V consiste justement à créer des synergies au sein des collectivités. C’est justement ce qu’a fait le département des Yvelines pour équiper même les petites communes en caméras via un PC vidéo centralisé sur le département », se réjouit le président de l’AN2V. Exemple avec le département des Yvelines qui, grâce aux conseils et aux échanges créés par l’AN2V, a équipé plus de 116 collèges, 50 casernes de pompiers et une centaine de bâtiments sociaux en caméras de vidéoprotection. Forte de ce succès, l’association recense déjà cinq autres conseils départementaux intéressés pour déployer une solution similaire.

« Actuellement, une petite commune a du mal à développer la vidéoprotection. (…) On peut vraiment parler d’une fracture de sûreté. »

Vers une recherche en temps réel

Mais l’immense défi de l’AN2V est ailleurs. « Le terrorisme nous oblige à repenser entièrement nos stratégies et notre façon d’envisager la vidéoprotection. Nous devons passer d’une recherche différée – où l’on enquête après les faits, à partir des images enregistrées des caméras –, à une recherche en temps réel pour contrer immédiatement les terroristes et limiter leurs victimes », prévient l’expert. Pour cela, il devient nécessaire d’instaurer un véritable continuum de sécurité afin que les images soient échangées facilement et rapidement entre les forces de police et les collectivités ou les entreprises. C’est en partie dans cette optique que l’AN2V participe à la création – avec le ministère de l’Intérieur et Bercy – de la 17e filière économique en France : celle de la sécurité, officialisée en décembre 2019. Grâce à un contrat de filière comme pour l’automobile ou le bois, les acteurs de la sécurité vont se structurer autour d’un cap commun. Avec l’objectif du continuum de sécurité en ligne de mire.

« D’un point de vue juridique, nous accusons un réel retard pour mettre en place le continuum de sécurité. »

Si les choses avancent pour organiser le secteur, le bât blesse en revanche toujours du côté du législateur. « D’un point de vue juridique, nous accusons un réel retard pour mettre en place ce continuum de sécurité. Aujourd’hui, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) se base sur une loi de 1978 ! Par exemple, si un terroriste recherché, dont le visage est diffusé publiquement sur BFMTV, il n’est juridiquement pas possible de l’identifier via les caméras de vidéoprotection. Nous avons pourtant toutes les technologies qui le permettent », déplore Dominique Legrand. Le travail de l’AN2V est encore loin d’être terminé.