Classées en menace numéro 1 par les autorités françaises, les attaques de drones planent sur la France et ses prochains événements sportifs, notamment la Coupe du monde de rugby et les Jeux olympiques. Le pays aiguise donc ses armes contre des appareils volants toujours plus simples à utiliser.

La Coupe du monde de rugby se déroule en France entre le 8 septembre et le 28 octobre 2023. Ensuite, ce sont les Jeux olympiques et paralympiques de Paris qui prennent le relais durant l’été 2024. À l’occasion de ces grands rendez-vous, 15 millions de spectateurs et spectatrices vont affluer vers les différentes villes hôtes, selon le ministère de l’Intérieur. Un flux inédit de personnes, qui entraîne avec lui son lot de menaces. 

Au menu des forces de l’ordre : la gestion des foules, le risque cyber, et les attaques de drones. Lesquelles sont placées en haut de la pile des principales menaces qui planent sur les événements sportifs organisés en France, en particulier les JO. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, l’a rappelé en direct de Doha, le 19 novembre 2022. 

Ce jour-là, il représente la France à la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de football organisée au Qatar. Une visite protocolaire. Mais pas seulement. Le ministre ne cache pas être également venu observer le dispositif de sécurité déployé par le pays du Golfe. Il ne fait pas non plus mystère de l’inquiétude suscitée par les drones. Pour lui, ils représentent rien de moins que « la menace terroriste principale d’aujourd’hui et de demain, un drone chargé d’explosifs qui va sur une foule, sur une équipe exposée, sur une cérémonie d’ouverture comme aux Jeux olympiques par exemple »

Une nuée de drones capables d’agir en quelques secondes

Les drones inquiètent à plusieurs titres. D’abord par leur nombre. De 400 000 en 2017, ils seraient aujourd’hui 2,5 millions en circulation en France. Des dispositifs qui s’achètent en toute légalité, parfois à bas coût. Inutile de dépenser des fortunes pour constituer une arme de choix pour les terroristes. Ces derniers y trouvent aussi l’intérêt de s’affranchir du volet « sacrificiel » des attentats suicides. 

Ensuite, par leur déconcertante facilité d’utilisation. Grâce aux importants progrès technologiques qui ont accompagné leur développement, ils sont désormais plus légers, plus maniables et agiles. Plus autonomes, ils peuvent également voler plus longtemps. Ils sont capables de décoller rapidement d’un toit, d’une terrasse, d’une place ou d’une rue, et d’atteindre, tout aussi rapidement, une cible. Certains appareils peuvent même voler en suivant simplement des coordonnées GPS. Sans être télécommandés, des modèles échappent ainsi aux dispositifs de brouillage. 

Par ailleurs, les drones offrent la capacité aux terroristes de mener « facilement » des attaques simultanées, puisque plusieurs appareils peuvent décoller en même temps et s’orienter vers des cibles différentes. Pire, et c’est bien cela qui cristallise les peurs : ils sont aptes à emporter des charges explosives, grenades, substances nocives et toxiques, puis à les déverser sur une foule. Pour cette raison notamment, la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, qui va voir converger 600 000 spectateurs et spectatrices sur les berges de la Seine, inquiète au plus haut point.

Les drones bien présents dans les zones de conflit

Et si les autorités s’en inquiètent autant, c’est que, par le passé, les drones ont déjà été mis en cause dans des attaques terroristes. Féru d’innovations technologiques, l’État islamique les a utilisés dans les zones de guerre où il était actif. Selon les pays occidentaux, l’organisation a disposé, dès 2016, d’un « programme drones » déployable à grande échelle. Daesh les aurait par exemple utilisés de façon massive en 2017, avec 60 à 100 attaques de ce type répertoriées par mois en Syrie et dans le nord de l’Irak. Au moins 56 véhicules militaires irakiens auraient ainsi été détruits, et une centaine de soldats tués ou blessés. 

Plus récemment, début 2022, des attaques de drones ont été attribuées aux rebelles Houthis du Yémen. Trois personnes ont été tuées lors du ciblage d’un site pétrolier aux Émirats arabes unis le 17 janvier 2022. Une attaque de drones a également touché un aéroport en Arabie saoudite le 21 février 2022. 

L’utilisation des drones dans le conflit entre l’Ukraine et la Russie est également documentée. Par exemple, les Russes les ont utilisés pour larguer des grenades sur des soldats ukrainiens. En octobre 2022, des drones kamikazes ont déferlé sur Kiev. 

La France cherche la parade contre les drones

La France prend la menace très au sérieux, et a décidé de consacrer 350 millions d’euros pour financer des dispositifs anti-drones. Ainsi, ces derniers mois, la direction générale de l’Armement a lancé plusieurs appels à projets à destination d’industriels chargés de trouver des solutions technologiques innovantes. 

L’objectif : doter rapidement l’Hexagone d’une quinzaine de systèmes de détection et de neutralisation de drones. 

Les drones cristallisent les peurs, parce qu’ils peuvent emporter des charges explosives, grenades, substances nocives et toxiques, puis les déverser sur une foule.

Nous savons d’ores et déjà que les autorités pourraient utiliser ces dispositifs pour sécuriser les futurs rendez-vous sportifs : 

  • Des drones anti-drones, équipés d’un filet permettant d’attraper le drone ennemi. C’est la solution choisie par le Qatar, à l’occasion de la Coupe du monde de football 2022.  
  • « Parade », le système anti-drone de l’Armée française. Il est capable de créer un dôme virtuel au-dessus d’une zone ou d’une enceinte sportive pour détecter les drones inconnus et ennemis. Ensuite, il les neutralise à distance à l’aide d’un brouilleur en quelques secondes. 
  • Un laser anti-drone (toujours à l’expérimentation) pour identifier des mini-drones (de 25 kilos à quelques centaines de grammes). Il les suit, peut les éblouir et décider également de les détruire avant qu’ils atteignent leur cible. Il est censé agir en moins de dix secondes.

Mais l’arsenal anti-drones de la France pourrait bien s’étoffer encore à l’aube des grands événements sportifs hexagonaux.

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