Les Jeux olympiques de Paris 2024  auront lieu du vendredi 26 juillet au dimanche 11 août. Pour cet événement planétaire, le défi ne sera pas exclusivement sportif. Du côté de la sécurité privée, les volontaires manquent à l’appel. Et pour tenter d’inverser la vapeur, les pouvoirs publics s’activent pour faciliter les recrutements.

Un événement hors normes qui manque de bras

C’est l’événement sportif de tous les superlatifs. Avec en point d’orgue la cérémonie d’ouverture grandiose imaginée sur la Seine, comprenant un défilé de plus de 10 500 athlètes, de 160 bateaux sur le fleuve et la présence d’un public de 600 000 spectateurs et spectatrices. 

D’après les estimations des pouvoirs publics, les JO de Paris nécessiteraient près de 25 000 agents de sécurité privée pour sécuriser les sites de compétition, voire jusqu’à 35 000 en incluant divers rendez-vous liés aux Jeux, comme les fan zones. 

Oui mais voilà, les compteurs du recrutement sont loin de s’affoler. Déjà, à la mi-novembre 2021, l’ancien Premier ministre Jean Castex indiquait avoir « adopté un certain nombre de dispositions pour faciliter ou encourager le recours aux sociétés de sécurité privée ». Tout en reconnaissant que « nous manquons d’agents » pour ces missions. 

Pessimisme dans les rangs du secteur

Pour tenter de faciliter la tâche du secteur, le comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 (Cojo) a lancé, le 11 avril 2022 (soit plus de deux ans avant l’événement), les appels d’offres en direction des entreprises de la sécurité privée. 

« On a fait le choix de lancer tôt les appels d’offres pour fournir à la filière le maximum de visibilité sur nos besoins, qualitatifs et quantitatifs, afin qu’elle puisse se positionner sur des lots », a ainsi expliqué le Cojo. Au total, 80 sites sont à sécuriser, au travers de 12 missions différentes pour 152 lots.

Malgré les efforts d’anticipation des organisateurs, l’heure n’est pas à l’optimisme. La sécurité privée est, de longue date, structurellement en mal de main d’œuvre. Un souci d’attractivité lié notamment à la pénibilité du travail (horaires décalés, de nuit, etc.) et à des salaires jugés peu attractifs. Une situation accentuée par la crise sanitaire. Une partie des effectifs a fait défection au profit d’autres secteurs. 

« Les employeurs sont déjà à la course pour recruter », indiquait en avril à l’AFP, Alain Bouteloux, sécrétaire fédéral prévention sécurité FO. « Je n’ai pas l’impression qu’on aura le nombre suffisant, même si tout le monde phosphore au ban et à l’arrière-ban de l’État ». De son côté, Mustafa Abba-Sany, président de l’Organisation des professionnels de la sécurité évènementielle, assurait à l’agence de presse que le Covid « a enlevé au moins 20% des effectifs »

S’ajoute à cela l’épineuse question du recrutement massif des femmes, seules autorisées à réaliser des palpations de sécurité sur un public féminin.

Une plateforme qui centralise les offres d’emploi

 

Pour tenter de faire coïncider l’offre et la demande, Pôle Emploi, le réseau des missions locales, Cap Emploi et l’Apec (Association pour l’emploi des cadres) ont lancé, début janvier 2022, la plateforme « Emplois 2024 ». 

Le principe : les entreprises qui recrutent dans le cadre des JO déposent des offres sur le site web et les recrues peuvent les consulter et postuler en quelques clics. Parmi les secteurs représentés : le bâtiment, l’hôtellerie-restauration et bien sûr, la sécurité privée, secteur « en tension » de l’avis même des responsables de la plateforme.  À la mi-juin 2022, plus de 11 000 annonces étaient présentes en ligne, essentiellement pour des postes basés en Île-de-France. 

Carte professionnelle et formation spéciales « grands événements »

Là aussi, l’initiative vise à faciliter l’emploi des agents de sécurité privée dans la perspective des JO. Un décret du 20 avril 2022 crée ainsi une carte professionnelle spécifique. Elle permet d’exercer une activité de surveillance humaine et de gardiennage dans le cadre de manifestations sportives, récréatives, culturelles et économiques, rassemblant plus de trois cents personnes. Et uniquement dans ce cadre. Elle est effectivement temporaire car elle ne peut être délivrée que sur demande avant le 1er septembre 2024 et ne sera valable que jusqu’au 30 septembre 2025.

Un arrêté, publié le 13 mai 2022, fixe les modalités de formation pour l’obtention du « certificat de qualification professionnelle spécial grands événements » et  de la carte  associée. La nouveauté : une formation ramenée à 105 heures  sur les 175 heures d’un certificat « classique ». Une accélération qui vise à attirer de nouveaux candidats. Plusieurs modules comprennent notamment : la gestion des premiers secours, la gestion des risques et des situations conflictuelles, la prévention des risques terroristes (13 heures), la surveillance et le gardiennage, la méthodologie pour effectuer une inspection visuelle des bagages et une palpation de sécurité, etc.

Les policiers retraités mis à contribution

Avant la promulgation de la loi Sécurité globale du 25 mai 2021, c’était impossible. Mais depuis, les policières et policiers à la retraite peuvent cumuler leur pension avec un revenu issu de la sécurité privée. De potentiels bras en plus dans la perspective des Jeux olympiques. 

Pour l’heure, impossible de savoir combien d’anciens policiers grossiront les rangs des entreprises du secteur. Et plus globalement, bien malin qui peut prédire si le compte y sera du côté de la sécurité privée. À suivre.

Le nouveau certificat de qualification professionnelle spécial grands événements ramène le temps de formation à 105 heures au lieu des 175 heures d’un certificat classique

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