Algorithmes surpuissants d’analyses des données numériques, big data, drones et vidéos intelligentes… Les services de renseignements et les industriels capitalisent sur les nouvelles technologies pour tenter d’éviter les attaques terroristes.

En 2015, le talon d’Achille du traitement des données numériques 

Les services de renseignements et de sécurité français sont hantés par les trous dans la raquette, ces indices que l’on n’a pas su repérer à temps. Ces signaux faibles, connexions suspectes, communications douteuses de terroristes qui s’organisent pour passer à l’acte sur le territoire, ils veulent pouvoir les détecter au plus tôt pour éviter le pire. 

Ainsi, la loi du 24 juillet 2015 relative au renseignement définissait un nouveau cadre dans lequel les services de renseignement étaient autorisés à recourir à des techniques d’accès à l’information. Les attaques terroristes du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis sont venues ensuite cruellement rappeler l’urgence de renforcer l’arsenal en matière d’analyse des données. Le renseignement français, noyé sous le volume colossal de données numériques, prend brutalement conscience qu’il faut franchir un cap pour mieux les exploiter. 

L’entrée dans l’ère des algorithmes et du big data

Les services vont alors se saisir de ce que permet la loi de juillet 2015. Elle introduit, en effet, la possibilité de recourir à un outil (à titre expérimental) : la technique dite de « l’algorithme ». Cette technique ne sera finalement utilisée qu’à partir de 2017. Elle permet un traitement automatisé des données de connexion et de navigation sur le web, grâce à la coopération des fournisseurs d’accès à Internet. Les données demeurent anonymes jusqu’à ce qu’une alerte sérieuse soit détectée. Par exemple, grâce à l’algorithme et à la puissance de l’intelligence artificielle, la répétition des connexions à un site de propagande extrémiste constitue une alarme. 

De plus, en 2016, la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) passe un contrat avec l’entreprise américaine Palantir. Laquelle commercialise un logiciel puissant d’analyse de données, Gotham. La France fait alors son entrée dans l’univers du big data. Le logiciel traite et visualise de gigantesques corpus de données, dans une interface graphique lisible et intuitive. Objectif : y trouver plus facilement des liens logiques et réaliser des recoupements, par exemple entre suspects.

Un cran au-dessus avec la loi antiterroriste de juillet 2021

Et les évolutions technologiques ne s’arrêtent pas là. Avec la loi du 30 juillet 2021 relative à la prévention d’actes de terrorisme et au renseignement, la France entend bien les exploiter. Elle fait encore évoluer son cadre législatif pour en tirer pleinement parti. 

La technique de l’algorithme est pérennisée, mais étendue aux adresses URL qui sont l’objet des connexions. Qu’est-ce que cela change ? L’URL d’une page apporte en théorie davantage de précision sur le contenu réel de la page consultée. Concrètement, une alerte pourra être déclenchée si un individu consulte dans la même journée plusieurs sites djihadistes, et plus précisément des vidéos de décapitation du groupe État islamique.

Par ailleurs, les services disposent désormais d’un régime particulier de conservation des renseignements pour améliorer les outils d’intelligence artificielle. Les algorithmes seront eux aussi soumis à un entraînement intensif pour s’améliorer. Et avec la loi de 2021, les communications satellitaires de plus en plus utilisées peuvent également être interceptées.

Brouilleurs d’ondes, drones intelligents, analyses d’images spatiales…

Si la France met les bouchées doubles sur le volet cyber, les industriels et start-up tricolores ne sont pas en reste pour imaginer des outils de terrain utiles à la lutte antiterroriste. 

  • Evitech, qui développe des outils de détection ultrafins, via l’analyse vidéo. Ils s’appliquent aux risques d’attaques par véhicules lourds, comme des camions piégés, mais aussi à ceux relatifs aux piétons suspects aux abords des sites sensibles (centrales nucléaires et électriques, par exemple). Ils décèlent aussi les individus armés et les mouvements de foule.
  • Earthcube, quant à elle, crée des solutions de surveillance de sites stratégiques basées sur l’analyse automatique de données géospatiales. Les images satellitaires passées au crible de l’intelligence artificielle détectent et identifient appareils et mouvements inhabituels dans les ports et aéroports.
  • Cerbair, spécialisée dans la lutte antidrones malveillants (sur certains terrains comme en Afrique, certains terroristes n’hésitent plus à les utiliser pour transporter des explosifs et des substances chimiques). L’entreprise reste mystérieuse sur sa technologie. Cependant, le dispositif qu’elle développe étudie les communications dans un environnement donné pour détecter, caractériser et localiser un drone dangereux. D’après Cerbair, ce dispositif est capable de connaître en temps réel le moment où un pilote allume le drone malveillant, et peut même forcer l’engin à l’atterrissage.

Par ailleurs, le Gicat, Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres dispose d’un incubateur de start-up, Generate. Parmi elles, l’entreprise bretonne Gwagenn développe la solution War’nops à destination des forces armées. Le principe de ce brouilleur : rendre inopérants les bombes et engins explosifs déclenchés à distance par radio, en saturant la zone d’ondes électromagnétiques.

Un arsenal antiterroriste made in France qui n’a sans doute pas fini de s’enrichir de nouveautés high-tech.

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