Des avions de chasse prêts à décoller en moins de 10 minutes, des équipes mobilisées 24h/24, une chaîne de commandement restreinte… La posture permanente de sûreté aérienne (PPS-A) est activable à tout moment. Comment fonctionne-t-elle vraiment ? Quels sont ses missions et nouveaux enjeux ? Focus.

350 interventions des avions de chasse en 2020 

Des bombardiers russes survolent le nord de l’Europe et se mettent en approche de l’espace aérien français en mars 2019 ? Suffisant pour faire décoller des avions de chasse de la posture permanente de sûreté aérienne (PPS-A). Un chasseur passe le mur du son en septembre 2020, provoquant une forte détonation et un important émoi dans toute l’agglomération parisienne ? Il venait de s’élancer pour une mission PPS-A. Une alerte à la bombe implique un avion de ligne en provenance du Tchad le 3 juin 2021 ? Là encore, les chasseurs de la PPS-A sautent dans leur cockpit et escortent ce vol Air France jusqu’à une zone protégée de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle pour vérification. 

Voici quelques-uns des derniers événements médiatisés auxquels ont pris part les pilotes d’élite de la posture permanente de sûreté aérienne. Ils sont pourtant mobilisés près d’une fois par jour. Ainsi, et ce malgré les fortes perturbations du trafic aérien en 2020, cette brigade a réalisé pas moins de 350 interventions l’année dernière, sur 560 situations anormales détectées. Des chiffres relatifs à l’important trafic dans le ciel français. En temps normal, la France est l’un des pays les plus survolés au monde : environ 12 000 appareils chaque jour (plus de 1 400 aux heures de pointe).

Tout le panel des menaces aériennes

Fondée en 1964 puis renforcée après les attentats du 11-Septembre 2001 et la destruction des tours jumelles du World Trade Center de Manhattan par plusieurs avions de ligne détournés, la PPS-A est une mission permanente dévolue à l’armée de l’air française. Pour garantir la souveraineté de l’espace aérien hexagonal, elle mobilise 400 personnels (équipages, mécaniciens, contrôleurs aériens, techniciens radio-radar), 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Elle peut aussi s’appuyer sur une flotte composée notamment d’avions Mirage 2000 et Rafale, d’avions radars et d’hélicoptères Fennec.

Avions militaires étrangers dans l’espace français, détournements, actes terroristes, défaillance technique, aéronefs civils en détresse ou en infraction, avion ne répondant plus aux appels radio ou empruntant une direction non conforme à son plan de vol… représentent un ensemble de menaces qui impliquent de pouvoir réagir. Et vite.

De la phase de détection au décollage des avions de chasse

Le travail de la PPS-A est piloté depuis le Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (le CDAOA) situé sur la base de Lyon – Mont-Verdun.  Cette permanence opérationnelle commence par la détection, premier volet de son action. Et pour cela, la police du ciel peut compter sur un réseau d’environ 80 radars civils et militaires à même de remonter tout événement potentiellement suspect. 

Une veille active complétée par une phase d’identification. À ce stade, en cas de doute, un chasseur décolle en moins de 10 minutes, le plus souvent depuis les bases de Mont-de-Marsan, Saint-Dizier, Orange ou Lorient. 

Le pilote tente alors d’établir un contact avec l’aéronef : il cherche à l’identifier, à lui porter assistance, à le contraindre à se dérouter ou se poser, à l’avertir par un tir de semonce. Jusqu’à une situation extrême mais inédite à cette date : le détruire sur ordre du Premier ministre, s’il est jugé hostile.

Une chaîne de commandement réduite et agile

Car c’est bien au sommet de l’État que se prennent les décisions relatives à l’action de la PPS-A. Et selon un rapport d’information parlementaire publié sur le sujet en juillet 2019, il s’agit d’une particularité française. 

Les décisions stratégiques de la PPS-A se prennent à Matignon directement auprès du Premier ministre.

« Au-delà de son ancienneté et de sa robustesse, la spécificité du dispositif français tient surtout à la brièveté de la chaîne hiérarchique, le commandant du CDAOA se trouvant de fait placé sous la responsabilité directe du Premier ministre », mentionne le rapport. Avant de poursuivre : « Alors qu’un avion de ligne parcourt environ 15 kilomètres par minute, il est en effet essentiel de raccourcir au maximum la chaîne de remontée de l’information et de transmission d’un ordre car, en dernier recours, c’est bien au Premier ministre que reviendrait la responsabilité de décider d’abattre un aéronef : la situation doit lui avoir été exposée avant le ‘dernier moment’ ».

La vigilance maximale des autorités françaises

Ce même rapport livre également un éclairage sur le soin particulier qu’apportent les autorités françaises à la protection de l’espace aérien. Auditionné, un général de l’armée de l’air indiquait alors : « notre dispositif est le plus robuste d’Europe. Aucun pays, même de taille comparable, ne met autant d’avions en alerte que la France, aucun pays n’utilise cette combinaison entre avions et hélicoptères qui permet de poser des barrières supplémentaires, aucun autre pays n’assure autant de décollages que nous ».  

Le dispositif français est le plus robuste d’Europe. Aucun pays, même de taille comparable, ne met autant d’avions en alerte que la France.

Le gradé assurait ainsi que les chasseurs décollaient au moindre doute. « La plupart du temps, nous réussissons à obtenir le contact radio, à recueillir les éléments nécessaires le temps du décollage, à lever le doute et donc à tout arrêter. Si l’avion est en vol alors que le doute est levé, l’avion poursuit sa mission. C’est un bon entraînement pour l’ensemble de la chaîne », précisait-il. De quoi maintenir les niveaux d’excellence des pilotes de la PPS-A.

Grands événements et nouveaux enjeux en ligne de mire

La posture permanente de sûreté aérienne peut être complétée et renforcée lors d’événements particuliers : réunion de chefs d’État, sommets internationaux, défilé du 14-Juillet, commémorations historiques, grands rendez-vous sportifs et culturels… On parle alors d’un dispositif particulier de sûreté aérienne (DPSA). Objectif : créer une bulle de protection pour restreindre plus drastiquement encore l’espace aérien et garantir ainsi la sécurité de ces événements. Tout le monde sera ainsi sur le qui-vive lors de la Coupe du Monde de rugby organisée en France en 2023 ou lors des Jeux Olympiques de Paris en 2024.

Mais la PPS-A est aussi confrontée à de nouveaux défis : « l’augmentation du nombre de drones en circulation s’accompagne de risques accrus pour la sûreté du trafic aérien et la protection des sites sensibles ». La police du ciel est plus que jamais sur le qui-vive.

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