À l’approche des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, les autorités publiques mettent le paquet pour renforcer leur dispositif de sécurité. Gestion des foules, actes de terrorisme, cyberattaques… les dangers sont multiples. À circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles ! Le gouvernement prévoit le déploiement de systèmes d’intelligence artificielle (IA) pour détecter les menaces. Entre caméras augmentées et scanners corporels intelligents, la situation est inédite.

Un projet de loi consacré aux Jeux olympiques 2024 et à la sécurité des personnes

Au regard de l’ampleur de l’événement, un projet de loi relatif aux Jeux olympiques et paralympiques de 2024 a été adopté le 22 décembre en Conseil des ministres. L’objectif : effectuer des aménagements législatifs pour assurer le bon déroulement de la manifestation sportive. 

Transports, soins, lutte antidopage… différents aspects sont abordés, dont la sûreté. Le texte comprend en effet un chapitre intitulé « Dispositions visant à mieux garantir la sécurité ». Pour la première fois, le gouvernement envisage de recourir à des systèmes d’intelligence artificielle (IA) pour identifier et déjouer les menaces. 

Il faut admettre que les Jeux olympiques de Paris représentent un véritable défi sécuritaire pour les autorités françaises, qui redoutent en particulier les attaques de drones

À titre expérimental et jusqu’au 30 juin 2025, à la seule fin d’assurer la sécurité de manifestations sportives, récréatives ou culturelles, qui, par leur ampleur ou leurs circonstances sont particulièrement exposées à des risques d’actes de terrorisme ou d’atteinte grave à la sécurité des personnes, les images collectées au moyen de systèmes de vidéoprotection […] peuvent faire l’objet de traitements comprenant un système d’intelligence artificielle.

Article 7

L’IA au service des JO : la CNIL donne son feu vert

Le projet de loi soulève de sérieux enjeux en ce qui concerne la protection des données personnelles et de la vie privée. À l’été 2022, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) rappelait ainsi la nécessité de fixer des lignes rouges quant à l’utilisation des technologies d’IA. 

Le 8 décembre 2022, la CNIL a rendu un avis favorable sur le projet de loi, estimant que « les garanties prévues […] permettent de limiter les risques d’atteinte aux données et à la vie privée des personnes ». 

Dans ses délibérations, la CNIL constate que le gouvernement a suivi ses préconisations en déployant des garde-fous, à savoir : 

  • Une mise en œuvre expérimentale et temporaire, 
  • Un périmètre d’action restreint aux situations présentant des risques graves pour les personnes, 
  • Une absence d’identification biométrique et de traitement de ces données,
  • Une exclusion explicite de la reconnaissance faciale.

La CNIL rappelle toutefois que le recours à ces systèmes de vidéoprotection intelligente constitue un « tournant » quant à la définition du rôle qui leur sera attribué dans nos sociétés. 

Les caméras augmentées pour détecter les menaces grâce à l’IA

Le projet de loi prévoit l’utilisation de technologies vidéo dite « intelligente » ou « augmentée » afin de faire face aux nombreux risques liés aux JO 2024. Concrètement, il s’agit de dispositifs de vidéosurveillance améliorés, le couplage avec des algorithmes d’IA permettant une détection en temps réel des situations dangereuses. Par exemple, les caméras embarquées sur des aéronefs sont capables de repérer des mouvements de foule, ou encore des bagages ou des comportements suspects. Une solution impérieuse alors que des records d’affluence s’apprêtent à être battus – notamment pour la cérémonie d’ouverture, qui donne déjà des sueurs froides aux forces de l’ordre.   

– 13 millions de billets mis en vente pour les JO 2024
– 600 000 spectatrices et spectateurs attendus pour la cérémonie d’ouverture
– 815 événements de sécurité par seconde aux JO 2020

Néanmoins, les traitements par l’IA pourront s’appliquer seulement pour le signalement d’événements prédéterminés qui seront précisés par décret. Pas question non plus de s’en servir n’importe où et n’importe quand : le projet de loi définit un cadre spatio-temporel clair. L’analyse automatique des images sera réservée aux sites de compétition et à leurs abords, ainsi qu’aux moyens de transport et aux voies qui les desservent. Et ce, jusqu’au 30 juin 2025. 

Des scanners corporels intelligents à l’entrée des stades

Autre nouveauté en matière de sécurité et d’IA : l’installation de scanners corporels intelligents comme porte d’accès aux stades et aux enceintes sportives dont la capacité d’accueil excède 300 personnes. Pour cela, le gouvernement a labellisé une innovation de l’entreprise lilloise MC2 Technologies, appelée MM-Imager. 

Le principe est le suivant : l’association d’un dispositif d’imagerie à ondes millimétriques et de l’intelligence artificielle permet de repérer à distance des objets interdits cachés sur des individus. Des capteurs ultra-sensibles discernent les micro-ondes naturellement émises par le corps humain et lesdits objets. Tout un éventail de menaces devient ainsi plus facilement et plus rapidement détectable : armes, objets métalliques, liquides explosifs, drogue, etc. 

La technologie MM-Imager présente plusieurs avantages. Elle constitue une alternative moins intrusive que la fouille corporelle, et permet de réduire le personnel affecté à la palpation. Une idée judicieuse quand on voit les difficultés de recrutement d’agents de sécurité dans le cadre des JO

Au-delà de la détection des menaces par l’IA, le projet de loi relatif aux Jeux olympiques et paralympiques de 2024 contient d’autres dispositions destinées à renforcer la sécurité : mesures de criblage, durcissement des sanctions en cas de violences, interdictions judiciaires plus systématiques, etc. Prochaine étape pour le projet de loi : sa présentation au Sénat à compter du 24 janvier 2023. 

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