Et si les logiciels de vidéosurveillance pouvaient demain davantage communiquer avec ceux des services de sécurité pour améliorer la rapidité et l’efficacité opérationnelles ? Un groupe d’experts planche actuellement à la mise au point d’une norme internationale qui renforcerait l’interopérabilité des systèmes. Le Français Jean-François Sulzer, consultant spécialiste en conseil en vidéosurveillance et systèmes de sécurité, en anime les travaux. Pour RNM+S, il lève le voile sur le projet. Interview.

Vous animez le groupe de travail créé en octobre 2020 sous l’égide de l’IEC (la Commission électronique internationale). Quelle est la feuille de route ? 

Jean-François Sulzer : D’abord, il faut savoir que le projet de création d’une nouvelle norme internationale pour la vidéosurveillance a été approuvé par tous les états membres de l’IEC [l’organisme de normalisation jumeau de l’ISO pour le domaine électrique, NDLR], y compris la Chine. Huit pays, dont la France, composent ce groupe de travail constitué notamment d’experts, d’opérateurs, de services de police et de fabricants de systèmes. 

L’objectif est d’introduire un niveau minimum d’interfaces techniques communes aux logiciels, qui permette à des tiers de confiance de récupérer plus facilement les données, voire de prendre la main sur les systèmes.

Jean-François Sulzer, spécialiste en conseil en vidéosurveillance et systèmes de sécurité

L’objectif est d’introduire un niveau minimum d’interfaces techniques communes aux logiciels mis sur le marché, qui permette à des tiers (principalement la police) de récupérer plus facilement les données dont ils ont besoin, voire de prendre la main sur les systèmes en cas de nécessité. Le tout, dans le respect d’un cadre réglementaire strict, notamment sur le sujet des données personnelles. Cette norme devrait être promulguée d’ici 2025, et chaque pays décidera ensuite de la rendre obligatoire. Cependant, elle pourrait être testée à titre expérimental lors des Jeux olympiques de Paris 2024. Elle s’appliquerait ainsi sur un des sites construits pour l’occasion, qui disposerait d’un réseau de caméras nativement conformes à la norme.

Y a-t-il des circonstances particulières qui rendent nécessaire d’aller encore plus loin en matière d’interopérabilité ? 

Il s’agit plutôt d’une évolution naturelle facilitée par les avancées technologiques, et rendue nécessaire par la multiplication des caméras. En réalité, les travaux se poursuivent, car il y a déjà eu des projets en ce sens. Je pense à la norme ISO 22311 qui introduisait déjà des niveaux d’interopérabilité. 

C’est un souhait récurrent de la police de pouvoir exploiter plus facilement des données de vidéosurveillance pour gagner du temps. La multiplication du nombre de caméras numériques qui fonctionnent sous IP et le contexte marqué par les attentats terroristes ont cependant accéléré le processus. Nous sommes face à une multiplicité d’acteurs disposant de caméras parfois dans un même environnement, comme les grands centres commerciaux ou les gares, qui ne communiquent pas de la même façon ! 

Quels sont, justement, les principaux bénéfices à attendre d’une normalisation telle que celle que vous préparez ? 

Aujourd’hui, notamment à cause de logiciels d’âges différents et de versions différentes, les services de sécurité rencontrent encore des difficultés importantes pour récupérer et exploiter les données de certains systèmes. 

Le premier avantage d’un système conforme à la norme réside dans le fait de pouvoir rendre disponibles plus de métadonnées, notamment celles relatives aux sites exploités. Il peut s’agir du plan et de la localisation précis des caméras présentes dans un lieu. 

Ensuite, prenons l’exemple d’un individu qui réclame la caisse d’un grand magasin. Le responsable de la sécurité contacte la police. Si chacun dispose d’un système compatible qui communique, les images peuvent être transférées à distance et en temps réel. La police peut ainsi légèrement remonter dans le temps pour comprendre la situation. C’est aussi particulièrement utile dans le cadre des colis suspects. Les policiers pourront tout à fait prendre la main sur un système pour suivre un individu dans un environnement conforme, et ainsi mieux préparer leur intervention. 

Les policiers pourront tout à fait prendre la main sur un système pour suivre un individu, et mieux préparer leur intervention.

Jean-François Sulzer

A posteriori, les services peuvent également gagner beaucoup de temps lorsqu’il s’agira de récupérer les données, puisque les transferts seront facilités. Soit par Internet via des systèmes protégés, soit via des systèmes de mémoire amovibles compatibles. 

Cette normalisation profiterait principalement aux services de sécurité. Pourquoi tous les acteurs ont-ils intérêt à jouer le jeu de la normalisation ?

La plupart des fournisseurs de solutions sont présents partout dans le monde. D’un point de vue concurrentiel, ils ont intérêt à s’emparer d’une norme internationale, et à l’introduire de façon native dans leurs équipements. Les opérateurs de vidéosurveillance, qu’il s’agisse des services de transport comme des entreprises de toutes tailles, bénéficieront indirectement des avantages d’une norme qui facilite l’action des services de sécurité. 

Vous pensez également à d’autres bénéficiaires, comme les gestionnaires de la smart city ?

Tout à fait, car avec des systèmes de vidéoprotection plus flexibles et communicants, ils pourront échanger et disposer de davantage de métadonnées à corréler. Comme la fréquentation des transports ou de certains sites, les informations de circulation, etc. Ceci, sans avoir à partager les vidéos susceptibles de contenir des données personnelles. À l’avenir, plus on pourra partager des informations et mieux ce sera ! 

Jean-François Sulzer

Consultant spécialiste en conseil en vidéosurveillance et systèmes de sécurité

Ingénieur successivement passé par les secteurs de l'industrie, de la défense et de la sécurité, Jean-François Sulzer se consacre aujourd'hui au conseil en matière de vidéosurveillance et de sécurité à destination des autorités, en particulier sur les questions relatives à la normalisation des systèmes.

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