Et si, dans les années à venir, les métiers de la sécurité privée prenaient une tout autre envergure ? Le Livre blanc de la Sécurité intérieure, publié en novembre, décline de nombreuses idées pour réformer le secteur. Plus fiables, mieux formés, les professionnels sont également attendus sur des missions plus ambitieuses pour tenir pleinement leur rang dans le continuum de sécurité.

Près de 200 propositions, 332 pages : le Livre blanc de la sécurité intérieure rendu public le 16 novembre par le ministère de l’Intérieur est le fruit d’une large concertation. Synthèse des contributions d’élus, d’expertes, de préfets, d’agents de terrain, d’acteurs de la sécurité privée, de chercheuses et de citoyens, le document propose des pistes concrètes pour atteindre le graal du continuum de sécurité. Objectifs : consolider la position des acteurs de la sécurité privée au cœur des enjeux de la sécurité globale, structurer les interactions et mieux articuler les missions des forces de l’ordre avec celles de la sécurité privée pour gagner en efficacité.

Moins de sous-traitance, plus de missions à valeur ajoutée

Certaines recommandations du Livre blanc en direction du secteur de la sécurité privée figurent dans la proposition de loi « Sécurité globale » des députés Fauvergue et Thourot dont Rendre notre monde + sûr s’est déjà fait l’écho : 

  • renforcer les obligations des entreprises de sécurité en limitant la sous-traitance « en cascade » ;
  • exiger des critères plus stricts de moralité et de probité pour l’obtention de la carte professionnelle et multiplier les contrôles ;
  • accentuer la coopération avec les forces de sécurité publique ;
  • élargir le champ des missions des agents (comme dresser des PV pour des infractions mineures, effectuer des gardes de sites, des transferts de détenus, des reconduites à la frontière, etc.)

D’après les auteurs du Livre blanc de la sécurité intérieure, pour le voir prendre pleinement part au continuum, le secteur de la sécurité privée doit se niveler par le haut. En somme, se responsabiliser et se professionnaliser.

Mettre la main au portefeuille pour opérer dans la sécurité privée

Exiger une caution financière des entreprises du marché est une première mesure forte. Elle réduirait, selon les auteurs, les appétits de certaines entités peu scrupuleuses sur les critères de qualité. Une mesure jugée « nécessaire pour assainir le secteur en luttant contre la concurrence déloyale, en garantissant la bonne exécution de la mission et en protégeant les salariés de faillites ».

D’autant que les derniers chiffres (2019) disponibles sur le secteur témoignent de l’attractivité d’un marché convoité : + 3,3 % de croissance annuelle et des effectifs à la hausse (plus de 177 000 agents). Autre piste évoquée : la création d’un label de qualité à décerner aux entreprises les plus vertueuses.

Le nécessaire levier de la formation

Les auteurs reconnaissent les premiers efforts fournis par la profession pour optimiser la formation des agents, tout en les jugeant insuffisants. Formations défaillantes, manque de contrôles sur les qualifications et même usurpations de titres… Certains formateurs aux aptitudes discutables sont dans le collimateur. Le remède selon le Livre Blanc : « un contrôle rigoureux des organismes de formation », mais aussi davantage d’impartialité. Ils proposent ainsi de « dissocier formation et examen et de placer les examens sous le regard d’un tiers de confiance agréé par l’Etat ».

D’après le document, le secteur gagnerait également à structurer une véritable filière d’apprentissage de la sécurité privée « pour rendre possible un vrai parcours de carrière, Certificat de qualification professionnelle (CQP), baccalauréat professionnel, BTS management des métiers de la sécurité privée », . avec pour objectif de faire émerger « un vivier plus qualifié pour l’encadrement intermédiaire qui fait aujourd’hui défaut ». Intéressant pour un secteur qui aurait 73 000 postes à pourvoir d’ici 2022, mais qui reste confronté, dans le même temps, à un vieillissement des effectifs.  

Développer l’action des professionnels là où ils interviennent déjà

Sous réserve d’une amélioration significative de la formation et de la fiabilité des agents, les auteurs du Livre Blanc imaginent élargir certaines de leurs prérogatives sur les sites où ils sont présents afin que les sociétés privées « participent à la sécurité globale » : 

  • levée de doute sur des colis abandonnés (dans les transports publics et les centres commerciaux) ;
  • nouvelles compétences sur la voie publique en étendant la notion de périmètre immédiat du lieu de travail ;
  • participation à la sécurité des personnes à partir des dispositifs de vidéoprotection exploités par les sociétés privées.

Les directeurs de la sécurité des entreprises et les services internes de sécurité des grandes entreprises de transports collectifs du quotidien (RATP, SNCF, etc) sont également vus comme des partenaires à intégrer plus efficacement au continuum de sécurité.

Les pistes de réforme esquissées par le Livre Blanc de la sécurité intérieure, si elles devaient se concrétiser, constitueraient un virage important à négocier pour toute une profession.

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