L’Afrique du Sud compte plus d’agents privés que de policiers. Et les effectifs, face à une flambée de la violence, sont en constante augmentation depuis la crise sanitaire. Les autorités sud-africaines ont pris le sujet à bras le corps en publiant, en octobre 2021, une loi visant à professionnaliser et à réguler le secteur. Explications.

Une violence endémique qui croît régulièrement

Le phénomène n’est pas nouveau. L’Afrique du Sud figure de longue date au triste palmarès des pays les plus violents de la planète. Une violence endémique stoppée net ou presque en 2020 par plusieurs confinements successifs. Mais les chiffres des crimes et délits sont irrémédiablement repartis à la hausse depuis. 

Durant le premier trimestre 2021, les autorités sud-africaines ont recensé une augmentation des crimes de plus de 60 % comparés à la même période de 2020, de près de 7 % par rapport à 2019. Quant aux agressions sexuelles elles ont augmenté de 5 %. Comparés à ceux de 2019, tous les indicateurs sont dans le rouge avec une hausse des meurtres, tentatives de meurtres, cambriolages, carjacking, vols avec violences, viols et violences sexuelles, attaques de transports de fonds…

Sur la seule période d’avril à juin 2021, 5 700 homicides ont été comptabilisés dans le pays, consécutifs à des disputes, cambriolages, lynchages, affrontements entre gangs… 

Quatre fois plus d’agents de sécurité privée que de policiers 

Face à ces chiffres, les effectifs policiers semblent bien dérisoires et se heurtent à la défiance d’une frange importante de la population. Comme aux États-Unis bien que pour des raisons différentes, en Afrique du Sud, la sécurité privée a peu à peu pris le pas sur la sécurité publique. Selon le rapport annuel 2020- 2021, publié par l’autorité de régulation de l’industrie de la sécurité privée (Psira, Private Security Industry Regulatory Authority) et la police (SAPS, South African Police Service), le pays aux 59 millions d’habitants compte 2,4 millions d’officiers de sécurité privée et 11 370 entreprises spécialisées dans ce secteur. Pas moins d’un million d’officiers sont répertoriés uniquement à Gauteng, province la plus urbanisée du pays qui regroupe Johannesburg et Pretoria, les deux plus grosses villes du pays. 

Tous ne sont cependant pas en activité et les autorités estiment que 565 000 agents sont réellement en exercice… contre 145 000 officiers de police actuellement employés par le South African Police Service. Près de quatre fois plus ! 

La demande de main d’œuvre en augmentation depuis la pandémie

Dans un pays qui affiche un taux de chômage de 32 %, le secteur de la sécurité privée ne connaît pas la crise. Bien au contraire, il est l’un des plus dynamiques du monde. Dans son rapport annuel, le PSIRA indique ainsi que 83 641 nouveaux agents de sécurité privée ont été enregistrés entre avril 2020 et mars 2021 et 1 884 entreprises supplémentaires, soit une hausse de 11%.

Des chiffres qui illustrent selon la PSIRA « la demande continue en matière de services de sécurité privée ». Les besoins explosent notamment dans la banlieue de Johannesburg où la population aurait de plus en plus recours aux services de gardes du corps. 

83 641 nouveaux agents de sécurité privée ont été enregistrés entre avril 2020 et mars 2021 et 1884 entreprises supplémentaires, soit une hausse de 11 %.

Psira (Private Security Industry Regulatory Authority)

Car en plus de la crainte des meurtres et cambriolages avec violence, une autre tendance se dessine qui exige des renforts en matière de sécurité, celle des kidnappings contre rançons. Et ils ne concernent plus seulement les quelques banlieues aisées de Johannesburg mais touchent désormais villes moyennes et zones rurales.

Les autorités veulent accélérer la professionnalisation du secteur

Face à la croissance constante des effectifs, le gouvernement sud-africain planche sur le sujet depuis 2014. Son projet a finalement abouti en octobre 2021, avec la publication du Private Security Industry Regulation Amendment Act (la loi de régulation du secteur de la sécurité privée).

Il s’articule autour de plusieurs points. Les autorités souhaitent mieux protéger les employés, en particulier les transporteurs de fonds confrontés régulièrement à des situations dangereuses et ciblés par des attaques. 

La loi introduit, par ailleurs, l’exigence d’une formation minimum des effectifs afin de renforcer leur efficacité opérationnelle et de mieux les sensibiliser à leur propre protection sur le terrain. Les autorités devraient également accentuer les contrôles des niveaux de formation au sein des entreprises. Les agents devront, en outre, justifier d’une bonne condition physique pour exercer.

À Johannesburg, les sociétés de sécurité privée sont de plus en plus exigeantes en matière de recrutement.

Certaines entreprises, à l’image de Cortac, puissante société de la mégalopole de Johannesburg qui emploie de nombreux anciens militaires et transporteurs de fonds, citée dans un reportage de l’AFP de juin 2021, affirment avoir déjà des exigences en la matière. Parmi elles : détenir un permis de conduire en règle, des compétences avérées dans le maniement des armes à feu et un casier judiciaire vierge.

Le sujet controversé de la nationalité des dirigeants d’entreprise

Le Private Security Industry Regulation Amendment Act crée une autre obligation, loin de faire l’unanimité dans le pays. Ainsi, les entreprises de sécurité privée doivent être détenues à 51% par des Sud-Africains. Un chiffre que les autorités se laissent la liberté d’augmenter si la sécurité du pays l’exige. Pour elles, il s’agit d’une mesure visant à protéger la sécurité nationale face à la potentielle mainmise de pays étrangers présents sur son sol via ces entreprises. Mais du côté de ses détracteurs, la mesure constituerait une entrave à la liberté d’entreprendre, susceptible de freiner les investissements. 

Elle est en tout cas le signe que le secteur de la sécurité privée en Afrique du sud, reste résolument attractif… et par-delà ses frontières.

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