La crise du Covid-19 aura laissé des traces. En plus des nouveaux risques à anticiper, les acteurs de la sécurité doivent gérer un manque cruel d’effectifs, et une potentielle pénurie de matières premières. Heureusement, tout n’est pas gris pour l’avenir de la sécurité en France. Tour d’horizon des tendances qui marqueront le secteur en 2022. 

1. Le recrutement, plus que jamais critique

Les difficultés de recrutement ne sont pas nouvelles pour les sociétés de sécurité privée en France. Pourtant, deux phénomènes rendent cette problématique plus importante encore en 2022. Premier enjeu : le pass sanitaire, qui pourra être prolongé jusqu’au 31 juillet 2022, avec l’état d’urgence sanitaire. Le contrôle de ce pass est souvent confié aux agents de sécurité privée dans les musées, salles de sport et pour certains événements qui l’exigent. Or, dans de nombreux cas, les acteurs de la sécurité ont dû augmenter les effectifs pour répondre à cette nouvelle mission. La pression risque donc de se poursuivre une bonne partie de l’année 2022. 

Mais le vrai enjeu pour les sociétés de sécurité privée est plus loin. Avec l’arrivée imminente de la Coupe du monde de rugby en 2023 puis des Jeux olympiques et paralympiques en 2024, la France doit recruter des milliers d’agents pour la sécurité événementielle. Pour anticiper ces recrutements massifs, de nombreuses initiatives sont prises dès 2021 et auront lieu en 2022. En novembre dernier, en vue des JO, Pôle Emploi lançait ainsi la plateforme Emplois 2024 pour recruter massivement des postes dans différents secteurs de l’événementiel, dont la sécurité privée. En Île-de-France, un Campus des métiers et des qualifications (CMQ) de la sécurité a récemment vu le jour : « Nous avons deux dates en ligne de mire : 2023, pour la Coupe du monde de rugby, et 2024, pour les Jeux olympiques », confirme aux Échos le directeur opérationnel du campus, Jérôme Morges. Nul doute qu’en 2022, les acteurs de la sécurité privée vont mettre les bouchées doubles pour se préparer à ces deux échéances. Et pour cause : 50 000 agents devront assurer la sécurité des JO, alors que 600 000 personnes sont attendues pour la cérémonie d’ouverture pharaonique organisée sur les bords de Seine à Paris.

2. Les nouveaux risques liés à la crise sanitaire

Avec le prolongement de la crise sanitaire début 2022, il y a fort à parier que l’année sera marquée par les nouveaux risques liés à la pandémie. Pour les responsables sécurité et sûreté des entreprises, plusieurs menaces se sont accrues à l’aune de cette crise, qu’il va falloir anticiper et gérer en 2022. Selon une étude de l’éditeur de logiciels Horoquartz, 72 % des responsables sécurité s’attendent ainsi à une augmentation des risques liée à la plus faible présence des collaborateurs et collaboratrices dans les locaux, avec la généralisation du télétravail. Dans la ligne de mire des responsables : les vols de matériel, qui sont en augmentation pour 31 % des personnes interrogées par Horoquartz.

Certains répondants pointent également l’adaptation nécessaire des équipements de vidéosurveillance. Avec des équipes en télétravail, il devient obligatoire que les images des caméras soient consultables à distance de manière sécurisée. Autant d’enjeux qui devront être pris en compte en 2022. 

3. La pénurie de matières premières affecte le secteur

Autre tendance clé pour la sécurité en 2022 : la pénurie mondiale de matières premières. Lorsque les usines ont été mises à l’arrêt durant les confinements de 2020, elles ont pris du retard qu’elles n’arrivent plus à rattraper, alors que la demande augmente avec la reprise économique fulgurante. Dès lors, de nombreux secteurs d’activité se retrouvent paralysés par des composants manquants, et des hausses de prix inévitables. 

Dans la sécurité incendie, par exemple, la Fédération française des métiers de l’incendie (FFMI) alerte sur les prix de l’acier qui ont doublé en un an. Or, cette matière première est largement utilisée pour fabriquer les extincteurs, les portes coupe-feu, etc. Et difficile pour les fabricants d’augmenter leurs prix, déjà âprement négociés avec leurs clients dans des contrats solides. Résultat : la filière doit absorber le surcoût, et réduire drastiquement ses marges, au risque de mettre en péril certaines entreprises. La FFMI milite ainsi pour une renégociation des contrats. Quelle que soit l’issue de ces négociations, 2022 sera donc une année décisive pour la sécurité incendie. 

4. La vidéoprotection en quête de normes

Parmi les sujets clés de l’année 2022, la vidéoprotection risque à nouveau de susciter de vifs débats. Cette année, c’est la question des normes qui s’impose. Depuis plusieurs mois déjà, un groupe d’expertes et d’experts internationaux mené par le Français Jean-François Sulzer planche sur une norme unique pour faciliter la communication entre les différents dispositifs de vidéosurveillance. « Les policiers pourront tout à fait prendre la main sur un système pour suivre un individu, et mieux préparer leur intervention », anticipe Jean-François Sulzer. 

Le Parlement européen veut que 2022 marque un tournant dans l’utilisation de l’IA par les forces de sécurité.

De son côté, le Parlement européen se penche sur l’intelligence artificielle et la reconnaissance faciale appliquée à la vidéoprotection. En octobre 2021, les eurodéputés ont voté en faveur de l’élaboration d’un cadre européen à l’utilisation de ces technologies en matière de sécurité. Le texte adopté par les parlementaires entend ainsi sonner l’alerte, puisqu’il n’a pas force de loi, et il en appelle à la Commission européenne pour créer un cadre juridique plus strict afin de protéger les droits des citoyens et des citoyennes de l’Union. « Nous envoyons un message clair : les droits fondamentaux sont irrévocables. Pour la toute première fois, nous appelons à un moratoire sur le déploiement des systèmes de reconnaissance faciale à des fins répressives, ces technologies ayant démontré leur inefficacité, et souvent abouti à des résultats discriminants », annonce ainsi Petar Vitanov, l’eurodéputé bulgare rapporteur du texte. Avec ce texte et les négociations qui s’annoncent pour créer une loi européenne sur le sujet, 2022 sera une année clé pour l’évolution des technologies de vidéoprotection en Europe.

5. Le continuum de sécurité en bonne voie

Et s’il voyait enfin le jour à l’aune de la crise sanitaire ? Longtemps attendu, le continuum de sécurité entre les forces de sécurité publique et privée pourrait bien devenir une réalité après la pandémie. Durant la crise, les agents de sécurité privée ont, en effet, fait la preuve de leurs capacités, en restant sur le pont et en s’adaptant chaque jour à la situation. « La sécurité n’est plus seulement l’affaire de la police et de la gendarmerie. Elle englobe les élus locaux, les sociétés de sécurité privée, les associations citoyennes de vigilance, et chaque citoyen dans sa capacité à mener une réflexion sur son propre sentiment d’insécurité », insistent les députés LREM Alice Thourot et Jean-Michel Fauvergue, rapporteurs de la loi sur la Sécurité globale promulguée en mai 2021. 

La sécurité n’est plus seulement l’affaire de la police et de la gendarmerie.

Alice Thourot et Jean-Michel Fauvergue

Le même mois, la mission d’information relative aux enjeux économiques de la sécurité privée de l’Assemblée nationale rendait un rapport attendu. Parmi les propositions phares des députés LREM et LR, celle d’impliquer davantage les agents de sécurité privée dans certaines missions assurées jusqu’à présent par des policiers et gendarmes, notamment la protection des personnalités. Et si 2022 était l’année du continuum de sécurité ? 

6. Cybersécurité : cap sur les cryptomonnaies

Côté cybersécurité, un mot sera sur les lèvres de tous les spécialistes : cryptomonnaies. Ces monnaies virtuelles (bitcoin, ether, stellar, etc.) atteignent des taux de change record depuis quelques mois. Un bitcoin valait ainsi environ 48 000 dollars en décembre 2021. De plus, plusieurs plateformes d’échange de cryptomonnaie font leur apparition, dont certaines déjà cotées au NASDAQ. Elles démocratisent et légitiment l’accès à ce placement virtuel, qui était jusqu’alors l’apanage de spécialistes. Et les entreprises s’y mettent aussi. Le courtier spécialisé en cryptomonnaies Coinhouse affirme ainsi que 10 % de ses clients sont des entreprises en France. Mais cette nouvelle manne attire également les hackers. Dans leurs prévisions pour 2022, les éditeurs Norton et Avast placent tous deux les attaques sur les échanges de cryptomonnaies parmi les tendances phares à surveiller dans les mois à venir. 

7. La fraude, menace n° 1 des entreprises après la crise

Pourtant, les attaques sur les cryptomonnaies ne sont qu’une infime partie des fraudes dont les entreprises sont de plus en plus victimes, en particulier après la crise. Dans la dernière enquête de l’assureur Euler Hermes, près d’une entreprise interrogée sur deux dit constater une augmentation des attaques des fraudeurs avec la généralisation du télétravail. Fraude au président, au faux fournisseur, usurpation d’identité… les techniques sont connues, mais elles enregistrent une accélération notable avec la crise sanitaire et des salariés à distance.

Seules 55 % des entreprises interrogées disposent d’un plan d’urgence à activer en cas de fraude.

Euler Hermes

Pour y faire face, 7 entreprises sur 10 interrogées par Euler Hermes ont mis en place des plans d’action. Toutefois, elles devront poursuivre leurs efforts en 2022, à en croire l’assureur : « Seules 55 % des entreprises interrogées disposent d’un plan d’urgence à activer en cas de fraude, soit – 5 points par rapport à la précédente édition de notre Baromètre », s’alarment les auteurs de l’étude. L’année 2022 sera-t-elle celle de la prise de conscience de ce risque par les entreprises ? 

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